Palais de justice à Kinshasa
Créé en 2023 pour coordonner la cyberdéfense et lutter contre la cybercriminalité en République démocratique du Congo, le Conseil national de cyberdéfense, le CNC, est aujourd’hui au cœur d’une vive polémique.
Selon Justicia Asbl, ce service aurait largement dépassé sa mission initiale.
Pour Justicia Asbl, le CNC est désormais perçu comme un instrument de répression visant notamment les opposants politiques, les journalistes, les défenseurs des droits humains et de simples citoyens.
L’organisation cite le cas d’un journaliste et caméraman de Lubumbashi, arrêté puis détenu dans un camp militaire avant d’être transféré à Kinshasa. Il serait, selon l’ONG, victime de tortures dans un cachot clandestin du CNC. Maitre Timothée Mbuya, président de Justicia Asbl appelle à la suppression de ce qu’il qualifie de « service oppresseur des droits des citoyens ».
“On constate que ce service procède à des arrestations de manière inimaginable. Et donc chaque jour nous enregistrons des cas de personnes enlevées, tout ceci quand vous faites des calculs cumulés, vous faites des projections, vous vous dites que ce service (CNC) est entrain de commettre des gaffes inimaginables”, déplore Mbuya.
“L’appréciation de son action doit tenir compte du contexte particulier de notre pays”
Plus de dix mille personnes auraient été enlevées et détenues illégalement, parfois dans des maisons privées ou des hôtels, sans accès à leurs avocats ni à leurs familles, selon Justicia AsblImage : Pond5/IMAGO
Ces dénonciations sont également relayées par certaines victimes d’arrestations et de tortures mais aussi par l’ASADHO (L’Association Africaine des Droits de l’Homme). Son président, Jean-Claude Katende, accuse le Conseil national de cyberdéfense de violer de manière répétée les lois de la République et les droits humains.
La semaine dernière le ministre congolais de la justice, Guillaume Ngefa, avait affirmé que certaines personnes arrêtées notamment des officiers généraux de l’armée seront bientôt déférées devant la justice. Christian Lumu, cadre du parti présidentiel UDPS, assure que les actions du CNC relèvent d’impératifs de sécurité nationale.
“Face aux enjeux auxquels la RDC fait face, le Conseil National de la Cyberdéfense s’inscrit dans la logique de défense des intérêts supérieurs de l’Etat. L’appréciation de son action doit tenir compte du contexte particulier de notre pays, marqué par des conflits armés persistants et des réseaux criminels transnationaux”, a défendu Lumu.
Alors que les organisations de la société civile réclament des réformes urgentes et un contrôle renforcé des services de sécurité, ces nouvelles accusations relancent le débat sur le respect de l’État de droit en République démocratique du Congo.