De retour du Rwanda, la question qui taraude nos méninges est la suivante : le Mali n’a-t-il pas intérêt à s’inspirer du Rwanda qui, après le génocide, s’est brillamment remis sur pied. Par Hamady Tamba


Notre séjour au Rwanda (12-19 juillet 2016), le «Pays des Mille Collines et Mille Sourires», nous a donné la nostalgie de notre «Tour de Lassa». Le besoin de repos et de réflexion sur l’expérience vécue à Kigali nous y pousse plus tôt que prévu. La nature a horreur du vide, dit-on. La broussaille a profité de notre longue absence (Ramadan et voyage) pour occuper son territoire naturel. À peine installé, les idées se bousculent dans notre tête, comme si elles attendaient ce moment de retraite pour souvent nous retrouver en face de nous-mêmes. Ce jour, la question qui taraude surtout nos méninges est la suivante : le Mali n’a-t-il pas intérêt à s’inspirer du Rwanda qui s’est brillamment remis sur pied (économiquement), vingt-deux ans après le génocide qui a failli le faire disparaître de la carte du monde ?
Le Rwanda est un roseau des Milles Collines qui a plié sans se briser face à cette douloureuse expérience ! Un phœnix qui a su renaître des centres de cette tragédie pour panser ses blessures, dans le doute, la méfiance, puis la confiance et l’unité. Comme le Mali aujourd’hui, le Rwanda était un pays en proie à la division et à la méfiance, après cette tragédie savamment orchestrée de l’extérieur.
Un pays dans la tourmente et l’incertitude totale comme le Mali de nos jours. Mais, 22 ans après, le Rwanda est une vitrine africaine en matière de progrès socio-économiques. Dans ce pays, la paix et la réconciliation nationale furent avant tout une question d’orgueil, d’honneur et de sursaut national. De nos jours, le sentiment d’identité nationale est plus fort et plus marqué que les considérations ethniques. Assurer la sécurité des civils et promouvoir la réconciliation nationale ont été des priorités absolues pour le pouvoir post-génocide.
S’affranchir de la tutelle absolue de la communauté internationale
Pour s’affranchir de la tutelle de la communauté internationale, l’inefficace et la très pesante Mission des Nations-Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR, août 1993-mars 1996) a été renvoyée pour prouver que les Rwandais n’avaient pas besoin d’intermédiaire pour se parler, pour dialoguer et se comprendre sur ce qui les unit : l’appartenance à un prestigieux passé précolonial commun !
En Afrique, voire dans le «Tiers monde», les Organisations non gouvernementales (ONG) internationales sont des pyromanes qui entretiennent les clivages sociaux, ethniques, religieux et alimentent les crises et les conflits pour justifier leur présence et bénéficier des mannes financières des lobbies qui se cachent derrière leur fausse solidarité. Le Rwanda en a pris conscience très tôt.
C’est ainsi que, en décembre 1995, le régime en place a pris une mesure courageuse et audacieuse obligeant la majorité d’entre elles à plier bagage ou à se conformer strictement aux besoins essentiels des populations sans aucune ingérence dans la gouvernance nationale. De nos jours, les rares ONG sur place sont pilotées par des Rwandais. Et contrairement à ce qu’elles pensaient, le pays ne s’est pas effondré. Au contraire, il leur a démontré qu’il n’avait pas besoin de leur soutien pour se reconstruire psychologiquement, moralement, socialement et économiquement.
Compter sur ses propres forces pour se réconcilier et se reconstruire
Après le génocide de 1994, l’Opération Turquoise (France) et le vaste déploiement des forces des Nations-Unies, le pays des Mille Collines a compris qu’il devait compter sur ses propres forces pour mieux se réconcilier et se reconstruite. En renvoyant la Force de maintien de paix et les ONG, les autorités ont appris aux Rwandais à se donner la main pour faire de la synergie nationale un atout de développement pour tourner la page du génocide.
Un vrai défi pour le Front patriotique Rwandais (FPR), alors dirigé par Pasteur Bizimungu, qui a pris les commandes du pays le 19 juillet 1994, avant d’être contraint à la démission le 23 mars 2000. La politique d’unité et de réconciliation nationale a constitué l’axe central de la stratégie de reconstruction mise en place après le génocide de 1994. Elle est aussi le fondement du pouvoir d’Etat dans le Rwanda post-génocide, car elle structure les échanges des Rwandais entre eux et avec l’État. L'idée de justice a été centrale dans le processus de réconciliation nationale.
Dès le départ, il a été clair qu'il n'y aurait pas d'impunité pour les planificateurs et les auteurs, car l'impunité a été considérée comme l'une des causes du génocide de 1994. Et la pierre angulaire de ce système reposait sur les juridictions populaires, appelées Gacaca, et traditionnellement dévolues au contentieux de droit civil. Un système original privilégié par les autorités afin de désengorger les prisons.
Mis en place dès 2001, il a permis de juger la majeure partie des exécutants du génocide, ainsi que des cas de pillage. Ce système, basé sur la recherche de la vérité et du pardon, a été rendu possible par l'instauration de libérations conditionnées au passage aux aveux, ayant abouti à 50 000 libérations en 2003 et 2005. Après leur libération, les prisonniers se trouvaient pris en charge au sein des camps Ingando, des camps de solidarité destinés à favoriser leur réintégration dans le «nouveau Rwanda». Une forme de camp civique.
L’autorité de l’Etat sacrifiée par manque de vision politique
C’est un ensemble de mécanismes qui «visent à promouvoir l’unité entre Tutsis et Hutus, en créant un Rwanda pour tous les Rwandais» qui aurait dû inspirer Ibrahim Boubacar Kéïta après son plébiscite. Surtout que, comme le Rwanda, le Mali est aussi un pays enclavé dont de nombreux voisins n’ont aucun intérêt dans sa stabilité.
La comparaison s’arrête sans doute à ce niveau parce qu’il faut une vraie et courageuse autorité de l’Etat pour réaliser les prouesses réussies par les Rwandais en 22 ans. Fragilisée par la non-maîtrise des principes démocratiques de gouvernance, l’autorité de l’Etat ne cesse de s’effriter depuis la crise qui maintient notre pays au bord du chaos depuis janvier 2012.
Conscients qu’il fallait un homme à poigne pour redresser le navire et traverser cette tempête qui fait toujours dangereusement tanguer leur pays, les Maliens ont voté massivement pour Ibrahim Boubacar Kéïta. Sans doute en souvenir de la fermeté et de la poigne affichée pendant ses années passées à la Primature (4 février 1994-février 2000).
Hélas, à Koulouba, l’homme s’est révélé un colosse aux pieds d’argile, un «lion» encagé par la France de François Hollande pour garantir ses intérêts au Mali et dans le Sahel. Aujourd’hui, sa fermeté n’est que de façade, puisqu’elle ne se traduit jamais par des actes concrets allant dans le sens de l’espérance de ses compatriotes. Ce qui fait que notre pays est devenu maintenant l’otage de la communauté internationale et des criminels qui sont à la base de sa déstabilisation, notamment la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma).
Notre président se comporte en vraie marionnette entre les mains de la France et des irrédentistes touaregs et arabes. La situation actuelle à Kidal en est l’une des nombreuses conséquences qui font de la paix, de la réconciliation nationale et de la reconstruction, un mirage dans un Sahara rebelle. La faiblesse d’IBK le pousse à toujours se ruer dans les bras de la France et des criminels de la Cma, comme un enfant en mal de réconfort. Ce qui l’amène le plus souvent à trahir ses plus fidèles serviteurs, comme le Général El Hadj Ag Gamou, l’un des rares intégrés de sa génération à être resté fidèle et viscéralement attaché à la République.
La France opposée au règlement du cas Kidal
Ainsi, plusieurs fois, les Généraux Didier Dakouo (Chef d’état-major général des forces armées depuis quelques semaines) et Gamou, sur injonction de la France, ont été empêchés de donner l’assaut final à Kidal à la suite de l’Opération Serval lancée en 2013 contre les islamistes. N’empêche que Gamou y est entré sous le drapeau du Gatia pour ne pas mouiller l’Etat malien. Et aujourd’hui, les responsables de la Cma mettent la pression sur le président de la République pour non seulement avoir la Primature, mais aussi et surtout éloigner du pays tous nos Officiers valeureux dont la présence est une menace constante à leurs ambitions autonomistes.
Les révélations de Fahad Ag Almamoud, secrétaire général du Gatia, suite à la reprise des hostilités (le 21 juillet 2016) entre son groupe et le Hcua (une composante de la Cma), étaient un secret de polichinelle depuis la visite de Bilal Ag Achérif (Secrétaire général du Mnla). Ce criminel était à Bamako à l’occasion du premier anniversaire de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale.
Mais, au lieu de la chaise électrique méritée pour ses crimes, Koulouba lui a déroulé le tapis rouge. «Depuis la visite de Bilal Ag Achérif à Bamako, le comportement de la Cma a subitement changé vis-à-vis du Gatia à Kidal… Elle est devenue arrogante et n’hésite pas à dire à qui veut l’entendre qu’IBK lui a donné suffisamment de moyens financiers et qu’elle n’a plus peur de qui que ce soit… Elle ne veut plus respecter aucun accord avec nous», a déploré le responsable du groupe membre de la Plateforme.
Des garanties qui sacrifient Gamou et la stabilité du Mali
«IBK a donné plusieurs garanties à Bilal quand il est venu à Bamako. Premièrement, la nomination de Mohamed Ag Erlaf comme Premier ministre en janvier 2017… Il a promis à Bilal de confier la gestion de toute la zone de Kidal à la Cma et d’offrir des passeports diplomatiques aux responsables de la Cma», ajoute Almamoud.
Selon cette déclaration à la presse, le chef de l’Etat aurait également promis à ce bandit de grand chemin de faire partir Gamou de la ville de Kidal en le nommant quelque part comme Ambassadeur. Sans oublier un pactole évalué entre 500 à 700 millions de Fcfa, selon des sources diplomatiques. C’est ainsi que la tête d’El Hadj Ag Gamou est mise à prix.
Malheureusement pour IBK et ses nouveaux alliés, ce valeureux Officier n’est pas friand des honneurs et des délices du pouvoir. C’est un homme de devoir prêt à se sacrifier pour la Nation, mais aussi pour sa communauté. Ne serait-ce que pour se réconforter de l’ingratitude des dirigeants actuels du pays. À ce rythme, la paix et la stabilité du Mali sont plus que jamais hypothéquées par la faiblesse du régime face aux ennemis de la République. Dans un pays qui est à vau-l’eau comme le nôtre, personne n’a le droit de se murer dans l’indifférence pour attendre le chaos. Agissons maintenant, avant qu’il ne soit trop tard !