La journaliste britannique d’investigation, Linda Melvern, sortira en 2018 son troisième livre « Intent to deceive » sur le Génocide des Tutsi du Rwanda. Intervieuw de André Gakwaya, ARI




La journaliste britannique d’investigation, Linda Melvern


Pour son combat contre le négationnisme, elle est parmi les neuf grandes figures amies du Rwanda qui viennent de recevoir des mains du Président Kagame la plus haute distinction honorifique ou « Pacte de l’Amitié » avec le Rwanda dénommée « Igihango » en Kinyarwanda. Elle explique son combat dans une interview exclusive à ARI.
Linda Melvern (L.M) - Ce qui me choque, après la publication de « Conspirancy to murder », c’est le négationnisme du génocide, c’est cela qui est vraiment choquant. Je sais qu’après chaque génocide, il y a ce stage de négationnisme. Il y a des académiciens qui ont fait des recherches sur les autres génocides, qui maintenant ont déterminé et je suis d’accord avec eux, que le génocide a plusieurs phases, et le négationnisme c’est la dernière.
Il y a l’organisation, déshumanisation, racisme, tout cela mène à ce crime. Mais après, il y a toujours le négationnisme. C’est avant que le génocide commence parce que les génocidaires nient qu’ils sont entrain de le préparer. C’est le négationnisme pendant que ce crime abominable est entrain d’être perpétré.
Et pour le cas du Rwanda, on voit qu’il y a le négationnisme dans la sécurité même parce que le gouvernement génocidaire avait un siège dans le Conseil de Sécurité. Pendant tous ces trois mois qu’a duré le crime collectif et de masse, le Gouvernement du Rwanda était entrain de convaincre les autres membres du Conseil de Sécurité que ce qui se passait au Rwanda était un simple mouvement spontané des gens en colère, que c’était une guerre civile.
C’était leur épicentre, si vous voulez, de négationnisme dans le Conseil de Sécurité, et il faut dire que les exécuteurs du génocide étaient aidés par un membre permanent, la France. Ce qui est quand même très rare.
Ce qui m’a étonné après, c’est le nombre de journalistes qui étaient d’accord avec cette « fake news » qui était promulguée par des génocidaires pour nier que le génocide s’est déroulé.
Le jeu ne les a pas aidés lors du TPIR. Les génocidaires et leurs avocats ont utilisé leurs procès comme une sorte de « plateforme » pour nier. Et c’est pour cela, je crois, que les procès de ces génocidaires étaient tellement longs, parce qu’ils ont mis dans leurs témoignages les « fake news ».
Et il y avait beaucoup de journalistes occidentaux qui ont crû ce que les génocidaires étaient entrain de dire. Et c’est cela qui est très sérieux. Ce qui m’a choqué, c’est le programme de BBC qui s’appelle « Rwanda’s Untold Story ». Vous vous souvenez, c’est un documentaire qui a promulgué l’idée d’exterminer tous les Tutsi. C’est absolument épouvantable que la BBC a été manipulée par les génocidaires. Et c’est ridicule de dire que c’était le FPR qui a descendu l’avion.
ARI- Maintenant vous travaillez pour dénoncer le négationnisme ?
L.M – Oui. Mon livre qui va sortir, j’espère l’année prochaine, s’intitule « Intent to deceive », ou «L’Intention de décevoir ». Vous savez que les conventions contre le Génocide commencent avec les mots « The intent to eliminate a human group ». Alors pour moi, ce titre est exact pour ce qui se passe après. « It is the intent to deceive», c.-à-d. l’intention de décevoir le monde que ce n’était pas le crime de génocide. Et pour cela, il faut dire que les tueries étaient spontanées. Ce qui est absolument ridicule dans le cas du Rwanda.
ARI - Ce sera votre prochain 3ème livre sur le Rwanda après « The Betrayed People », et après « Conspirancy to murder » ? Que voulez-vous démontrer brièvement dans ce 3eme livre « Intent to deceive » ?
L.M - Je veux montrer que de nos jours, il y a des moments toujours qui prouvent qu’on a mal compris les crimes de génocide qui se sont déroulés dans le siècle dernier. Il y a les gens qui ne comprennent pas que ce crime est de par sa nature un crime qui est organisé, que le génocide ne se déroule pas sans être organisé, et qu’après les crimes, il y a toujours cette option de tromper le monde que ce n’était pas un génocide, mais des tueries spontanées. Et c’est exactement ce que les habitants du Rwanda ont fait en décidant un jour de tuer leurs voisins. Et c’est ridicule.
ARI - Revenons à la Médaille que vous avec reçue hier… Le Rwanda reconnaît qu’il y a des gens qui vivent à l’extérieur, mais qui ont développé un Pacte d’Amitié très profond avec le Rwanda. Parlons un peu de cela.
L.M - D’abord pour moi, c’est un privilège de vraiment faire ce travail qui est utile au Rwanda et aux Rwandais. C’est un honneur de faire ce travail et de recevoir cette médaille. C’est le plus grand honneur de ma vie. Je n’en reviens pas.
Mon travail est intense parce que le négationnisme est dans les universités occidentales. Cela fait cinq ans que je ne suis pas revenue au Rwanda. Mais je tiens à cœur le Rwanda avec un Grand Amour pour ce pays mien qui va rester avec moi.