Le nouveau gouvernement du président Ndayishimiye, malgré son équilibrage ethnique, elle continue à susciter l’inquiétude et assure peu d’espoir de changement à cause de personnalités  qui le composent. La Rédaction

 

 

 

 

 

Dans ce nouveau cabinet burundais, les portefeuilles passent de 21 à 15. Il respecte les équilibres ethniques et de genre prévus par la Constitution, 60% de Hutus contre 40% de Tutsis, dont au moins 30% de femmes. Un membre de la communauté de Twas, 1% de la population et traités comme des parias dans la société, Imelde Sabushimike , entre pour la première fois de l’histoire dans le gouvernement. Elle est nommée ministre de la Solidarité nationale, des droits humains et du genre notamment. 

Malgré cet effort d’équilibrage, ce gouvernement ne manque pas d’inquiéter à cause de personnalités qui occupent des postes clés pour leurs actes dans le gouvernement précédent et dont certains sont la cause de la mise du Burundi sous sanctions internationales.

Le poste du Premier ministre est occupé par le plus haut gradé de l’armée et de la police burundaise, le commissaire de police général, Alain-Guillaume Bunyoni, considéré comme un véritable faucon, avait donné le ton. L’entrée au gouvernement du patron des Services de renseignement vient confirmer la mainmise des durs du régime sur le pouvoir, selon des diplomates et la société civile.

La nomination de M. Bunyoni est « un très mauvais signal » et signifie « une plus grande emprise des généraux sur le pouvoir, un renforcement de l’impunité des crimes et un défi à la communauté internationale », a estimé l’une des figures de la société civile en exil,  Pacifique Nininahazwe.

M. Bunyoni, qui était jusque-là ministre de la Sécurité publique, fait l’objet de « sanctions des États-Unis depuis 2015 pour son rôle dans la répression sanglante en cours dans le pays », a-t-il rappelé dans un entretien avec l’AFP.

Le commissaire de police Gervais Ndirakobuca devient numéro deux du gouvernement, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique. La nomination de « Ndakugarika », un surnom gagné durant la guerre civile et qui signifie littéralement « Je vais t’étendre raide mort », est un « choix de la continuité », selon des diplomates. Ces derniers parlent d’un « mauvais signal ».

Jusqu’ici, patron du très redouté Service national de renseignement, une des pièces maîtresses de la répression sanglante orchestrée depuis le début de la crise de 2015, Ndirakobuca appartient à l’aile dure du groupe de généraux issus de l’ex-rébellion du CNDD-FDD qui contrôlent le pays d’une main de fer. Il est sous sanctions américaines et européennes pour son rôle dans de graves violations des droits humains documentées. Il est au coeur du système répressif burundais depuis le début de la crise.

Nommé ministre de l’Intérieur, du développement communautaire et de la sécurité publique, Gervais Ndirakobuca est un membre du premier cercle des généraux issus de la rébellion qui contrôlent aujourd’hui le pays.

C’est pendant la guerre civile burundaise (300.000 morts entre 1993 et 2006) qu’il a acquis son surnom, Ndakugarika, littéralement « Je vais t’étendre raide mort » en kirundi, la langue nationale.

Le général Ndirakobuca fait l’objet de sanctions des États-Unis, de l’Union européenne et des principaux pays européens depuis cinq ans.

Autre entrée remarquée, celle du représentant permanent du Burundi auprès des Nations unies, Albert Shingiro. Shingiro a beaucoup occupé son temps aux Nations Unies,  à défendre tous les actes contre les droits de l’homme que le gouvernement du Burundi commettait contre son peuple.  Il est récompensé comme chef de la diplomatie burundaise, pour le combat acharné qu’il a mené.

Les  observateurs aux Nations Unies, qui ont suivi les débats au sein de réunions de Droits de l’homme, connaissent aussi Shingiro, pour ses opinions négationnistes du génocide contre les Tutsi qu’il n’a pas hésité à étaler dans au cours de débats publics.

 

Une nouvelle initiative prise par le président Ndayishimiye, est la nomination de Imelde Sabushimike comme ministre qui pour la première fois est de la communauté minoritaire de Twa, moins de 1% de la population et traités comme des parias dans la société burundaise. Elle devient ministre de la Solidarité nationale, des droits humains et du genre.

Enfin, seulement cinq ministres restent de l’équipe précédente, dont le Dr Thaddée Ndikumana qui garde son poste à la tête du ministère de la Santé publique, malgré des accusations d’avoir minimisé la pandémie du Covid-19 qui sévit dans le pays.

Ce gouvernement vu par les observateurs

Alors que ce gouvernement est vu du côté officiel de Gitega comme un gouvernement restreint, de techniciens compétents et représentatifs,  l’Union européenne et les ONG internationales y voient des personnalités qui sont sous sanctions surtout à cause de non respect des droits de l’homme.

Compte tenu des sanctions qui pèsent sur les principaux ministres, le gouvernement du Burundi continue à se fermer les portes de la communauté internationale.

Le discours inaugural du président et la composition de son gouvernement n’ont apporté aucune assurance aux 400.000 refugiés burundais qui se trouvent, pour la plupart dans les pays limitrophes du Burundi, mais aussi en Uganda et au Kenya.

A l’intérieur du pays la population qui a connue toutes sortes des menaces et des exactions ainsi que   la société civile qui a suivi et défendu le bien-être de citoyens, ont été renforcés dans leurs craintes, lorsqu’ils ont vu que la composition du nouveau gouvernement est faite de leurs tortionnaires.

« Le Collectif des avocats des victimes et parties civiles n’entend pas se prononcer sur le choix politique. Il peut cependant constater que nombre de membres du gouvernement nouvellement nommés ont été cités dans le cadre des enquêtes menées par la CPI. Si des mandats d’arrêt sont émis, il faudra en assurer l’exécution », a déclaré Maître Armel Niyongere, coordonnateur d’un collectif d’avocats de victimes de la répression au Burundi.

Pour Carina Tersakian, de l’Initiative pour les droits humains au Burundi, l’un des points les plus sombres est la présence à la tête du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique du Général Gervais Ndirakobuca, sous sanctions internationales.

 « Gervais Ndirakobuca c’est quelqu'un qui a participé à de très graves violations de droits humains, notamment depuis le début de la crise au Burundi, en 2015 », a-t-elle souligné.