Le dernier discours de Fayulu au colloque organisé au sein du Sénat français, m’a vraiment interpellé. Son contenu est inacceptable et irresponsable, aussi sinistre que funeste. Par Rogers

 




« Les préjugés sont la raison
des sots. » - Voltaire

 

 

Débarqué fraîchement en immigrant, j’eus en l’an 2.000 le privilège  d’une visite guidée d’un centre juif de recherche d’un genre très particulier et établi à Toronto, Canada;

Lequel abritait un hôpital spécialisé dans les soins pour les derniers survivants de l’Holocauste en général et d’Auschwitz en particulier, une bibliothèque-archives qui gardait des publications et archives y relatives, toutes bien émouvantes et inédites.

On y retrouvait également un service de monitoring de mouvements antisémites.

On me fit une démonstration sur la recherche d’articles quotidiens portant sur les discriminations raciales ou ethniques en Asie centrale et Zimbabwe respectivement.

J’étais ahuri de voir tant de similitudes entre les écrits dénonçant une minorité locale dans l’enclave de Nagorny-Karabakh et le décharnement de haine publiée dans les média contrôlé par la Zanu-PF de Mugabe contre une petite tribu accusée d’arrogance et prétendant être liée aux juifs genre Falasha (ET) ou Kalenjin (KQ).

Le moteur de recherche avait des clés ou index portant sur le caractère accapareur, asocial, conspirateur, corrupteur, dominateur, envahisseur, exploiteur et gourmand!

Ressemblant étrangement aux thèses Nazi sur les juifs dans les années précédant la 2ème guerre mondiale, brandies encore aujourd’hui dans bien de pays européens.

Les mêmes accusations qui firent le lit de la justification du génocide contre des Tutsi partageant pourtant les mêmes affres de la pauvreté et misère locales, mis sous une discrimination ethnique officielle au nom de la majorité et érigée en mode de gouvernance des  régimes successifs de l’époque, jamais inquiétés ni interpellés !

« Le Nazi c’est l’Allemand qui a changé les
préjugés en lois. » – Philip Kerr

Le dernier discours de Fayulu au colloque organisé au sein du Sénat français, qui lui donnant l’amplification médiatique et une tribune, m’a rappelé tout cela et vraiment interpellé. Son contenu est inacceptable et irresponsable, aussi sinistre que funeste.


Au sein du Palais de Luxembourd, Fayulu vend ses rêves,...

 

Prononcé dans un cénacle réputé haut lieu de promotion de l’égalité et fraternité, la déclaration de Fayulu aurait normalement suscité un tollé général et l’opprobre suivi au minimum du boycott médiatique de l’intéressé et d’appel à la démission des organisateurs de toutes les fonctions officielles.

Voire des procès en pénal pour apologie et complicité dans un appel à la discrimination raciale ou ethnique non équivoque avec appel au meurtre en direct!.

Sera-t-elle ignorée comme la nuit de Crystal de 1933 passée comme un fait divers qui n’arrivait qu’aux riches juifs allemands alors que l’appel au meurtre était clair?

Cet homme dangereux ainsi projeté sur l’avant-scène était certes encore un illustre inconnu jusqu’aux élections présidentielles en fin décembre 2018 en RDC.

Proclamé en 3ème position par une commission électorale quelque peu fiable, la tension montera d’un cran à Kinshasa avec la crainte d’explosion imminente.

Avant cela, circulaient des résultats qui le mettait de loin en 1ère position citant notamment une source proche de Catholique-Cenco jugée généralement « crédible ».

Je revois encore cette déclaration de Fayulu au vendredi soir du 15 janvier 2019 , très enthousiaste et favorable à l’arrivée d’une délégation de l’Union Africaine.

Prévue pour être conduite par Kagame sur Kinshasa, elle était censée régler le contentieux électoral  en sa faveur selon les termes mêmes du communique UA.

Le Président Rwandais fut salué alors en homme d’état, ferme et respectable!

La mission UA fut annulée in extremis un jour avant, on sait pour quelles raisons?

Ex-post, on évoquera le manque de solidarité dans les positions des ténors de la SADC et le principe de non-immixtion des états dans les affaires internes sans un appel ou accord formel du pays concerné pour une médiation fut-elle africaine!.

Nombreux feront le lien avec une délégation envoyée nuitamment à Kigali par Joseph Kabila (genre à minuit moins cinq!) pour donner les gages d’une coopération sécuritaire avec en bagage deux responsables du renseignement des FDLR livrés.

Jeune Afrique, Colette Braeckman du LeSoir, LaLibre et bien d’autres en sont affirmatifs?

Depuis lors, les relations entre le nouveau président Tshisekedi que les Congolais se sont choisis et Kagame du Rwanda se sont plus qu’améliorées pour se renforcer.

La coopération en matières sécuritaires est en passe d’éradiquer les milices armées négatives qui ont écumé la région de l’est et y commis des crimes innommables.

La fin des FDLR, -sous toutes ses variantes- est toute proche avec effet boule de neiges sur les Mai Mai qui déposent les armes au Sud et Nord Kivu jusqu’en Ituri.

Le démantèlement des ADF qui tuent à Beni depuis plus de 40 ans est aussi proche et leurs commanditaires bientôt identifiés.

Dont certains parmi ceux là mêmes qui prospèrent de la fraude des matières précieuses permettant l’Ouganda d’exporter 4 fois sa capacité de production d’or!

Et ce, en plein dans une ambiance de manipulations abjectes des populations par Fakenews sur les « Rwandais envahisseurs », l’émergence d’une mythique république Yira et la technique une terre brûlée très meurtrière.

Rappelant les razzia au Maniema sous TipoTipo au 19e siècle pour s’accaparer des esclaves, ivoire et d’or dans la confusion entretenue par les esclavagistes arabes!.

Comme par hasard, un autre cardinal, le Belge Lavigérie s’emploiera de justifier émergence de l’Etat Indépendant du Congo au nom de civilisation et évangélisation. La colonisation brutale sous Léopold Ii suivra et on en ressent les séquelles

« La complexité laisse vite place à l’erreur et au préjugé dont nous sommes toujours victimes. » Bernard Beckett

Dans ce contexte où la sécurité régionale s’améliore on y voit des acteurs externes (Africom, CIRGL, Monusco) s’engager activement dans cette nouvelle orientation.

Tous les Congolais devraient donc en principe adhérer à cette nouvelle dynamique de paix voire applaudir Kagame même si il n’en demande pas autant. Et bien non!

Il y a gens qui, vivant de ce fond de commerce macabre, sentent leurs pains partir!

Les forces qui ont soutenu à bout des bras depuis un quart de siècle et justifié ou couvert toutes les dérives criminelles des FDLRs en RDC s’énervent  et s’affolent.

Fayulu qui escomptait lui aussi le chaos et ou la faillite de Fatshi voit très rouge.

Une alliance objective des anti-Kagame se doit d’agir vite sinon alors disparaître!

Et c’est facile dans une région où tous les travers sont imputés au Rwanda, aux Tutsi du FPR, auxquels on prête toutes les intentions machiavéliques d’occupation.

Cela fait plus de 40 ans que cette propagande, a pris corps et  médiatisée vers la fin de la Conférence Nationale CNS par le régime Mobutiste très contesté alors et qui avait besoin d’un bouc émissaire facile. Et devinez qui était à la manœuvre?

Elle fut exacerbée par l’arrivée massive des réfugies Hutu; - un millions et demi au Kivu au nom de la solidarité bantoue mais dont la décision fut bien prise de France!

Plus tard, la culmination de ce discours et actes d’exclusion ethniques en toute impunité débouchera sur la plateforme AFDL en 1996 qui portera les Kabila au pouvoir en mai 1997 et chassera Mobutu et son célèbre tireur des ficelles Ngbanda.



Fayulu à droite en bonne compagnie de Gbanda

 

Aidés principalement par le Rwanda, ce mouvement presque spontané et embryonnaire écrasera les Mobutistes en face, défaits sans combattre, surpris par l’ampleur du rejet des populations mais toujours là encore aux alentours et aguets.

Suivi dans la même veine de l’émergence du RCD, CNDP et M23, notamment à la marginalisation bien documentée des Tutsi congolais dont des officiers indignés,  sous les régimes successifs Kabila mais qui connaitront des fortunes diverses.

Et Kagame subit depuis lors toutes les vannes de Congolais amers depuis la défaite qui ont opté pour un silence gêné et de ne pas en reconnaître la portée historique.

Et les Tutsi y vivent depuis ce calvaire passé comme un passage rituel obligatoire des politiciens qui montent ou affichent des ambitions politiques, récurrent et mortifère.

Regardez la position de Kikumi, Shekomba et Tshiani sur le sujet: l’adaptation de ces apprentis candidats à l’élection présidentielle est stupéfiante et consternante; vite happés dans cette médiocrité, attirés par ce bouc-emissairisation sacrificielle.

Regardez ce silence assourdissant ou approbateur des Filimbi, Lucha, ACAJ et LDH!

 

« Les erreurs et préjugés ont constamment perverti
la morale et corrompu les lois » Sophocle

 

Mais le discours est désormais plus affiné par des anciens des services sécurité et acteurs encore en vie surtout dans la diaspora dont Apareco et ses Combattants.

Les Kabila n’hésitèrent pas d’élever ce discours de haine ethnique au niveau idéologique comme aujourd’hui au Burundi, justifiant ainsi les pogroms anti Tutsi sous le prétexte de nationalisme et anti balkanisation!

Alors que toutes ces rebellions visaient le remplacement du pouvoir central oppresseur de Kinshasa contrairement aux milices Maï- Maï diverses qui prospèrent sur des enclaves autonomes, vivant de la rapine sur les pauvres populations abandonnées.

Kabila père aura aussi ses Goebbels de propagande Anti Tutsi dont les Mumengi, Yerodia, Lushima, Kudura et d’autres thuriféraires souvent déguisés en opposants!

Voilà que Fayulu s’inscrit dans cette ligne pensant sans doute attirer les déçus du FCC chez Kabila, augmenter son audience, infléchir sa visibilité sérieusement déclinante et prospérer sur la division en espérant de jouir de la même impunité!

Accompagné de Muzito, il ira ainsi pécher la popularité à Beni en portant les discours anti Tutsi chez les Nande, mis à bout des nerfs par les « islamistes » ADF.

Fayulu sortant de l'avion à Beni, il tombe à genou, comme le pape. Entre la politique et la comédie, il n'y a qu'un pas

 

Et très sensibles au discours belliqueux  et pyromane de Muzito, ergoté juste avant le voyage la déclaration et suggérant une agression-annexion contre le Rwanda?

Et bien auréolé du soutien du cardinal Ambongo Fridolin, relayant les propos de cabarets sur les Banyarwanda qui remplacent les populations locales Nande après chaque tuerie opérée par les ADF et qui occasionne le déplacement des populations.

Proclamé ainsi dans le contexte des antagonismes et ou compétitions tribales au Nord Kivu, il était certain que le duo y ferait mouche et carton plein!

Mais le ciel n’est pas tombé ou que le feu ne s’est pas propagé à Goma ni ailleurs.

Au contraire, la démarche a suscité des suspicions et une réprobation unanime,  parfois formellement communiquée vers des ruptures prévisibles dans son Lamuka.

« Entre le préjugé et fanatisme, il y a toujours la stupidité: on y répond par l’éducation »  David Weber

La constitution de la RDC garantit plusieurs droits fondamentaux de l’homme dont celui garantissant la résidence partout sur le territoire mais ignoré intentionnellement et exploité émotionnellement par le pouvoir coutumier aussi bine par certains tenants de l’exécutif provincial ou national et du parlement!

Mais comme le dit si bien Leon Engulu  caractérisant  les dirigeants  congolais, souvent coptés au pouvoir par les élections dont le code et mode opératoire sont connus, viennent à Kinshasa avec le bagage du village comme l’escargot qui porte sa coquille. C’est tout dire sur la pesanteur et lenteur du changement escompté !

Faisant écho à Munyampenda Jean qui dénonce la représentation des communautés ethniques dans les instances de pouvoir souvent par les plus médiocres mais les plus rusés ou cyniques, et ce, depuis la Table Ronde de 1959.

Quelle crédibilité restera à l’autorité ecclésiastique et ces opposants après la défaite des ADF et l’accumulation des preuves contre les acteurs locaux et relais externes?

Tshisekedi a bien compris les enjeux et décidé justement de ramener la paix à Beni.

Regardez ces généraux intouchables, maintenant démissionnaires, mutés ou remplacés voire même éliminés de la scène pendant que les troupes engrangent des victoires sur le terrain et les morts diminuent. La corrélation est stupéfiante!

On comprend d’ailleurs la pression de  certaines « sociétés civiles » qui ne voulaient pas de mutation d’officiers installés dans la durée dans les opérations anti ADF !

Ces changements d’officiers a permis une coopération plus ou moins  active avec la Monusco, qui a bien de renseignements sur les réseaux locaux troubles qui distraient les populations en agitant le spectre des envahisseurs « rwandais ».