Dans le cas italien, ce sont des nations non membres de l’UE qui lui portent secours. Pourtant, depuis des années, nos gouvernants sans exception nous ont vanté les bénéfices que notre pays allait tirer de cette UE supranationale. Par Jean Goychman. 

 






Autant nous sommes saturés d’infos (toutes les mêmes pratiquement) par les chaînes TV en continu, concernant le confinement et les nécessités civiques (s’il avaient un doute, il suffisait de nous le demander poliment) concernant l’épidémie actuelle, autant certaines d’entre-elles sont (par manque de place et de temps d’antenne, probablement) sont passées sous silence.

Nous connaissons tous la situation critique de nos amis italiens face à ce fléau qu’est le coronavirus.

Il apparaissait évident qu’une occasion extraordinaire de réconcilier les peuples européens – de plus en plus sceptiques au regard de « l’usine à gaz » qu’est devenue cette Union Européenne technocratique- avec l’idée même d’une Europe protectrice agissant pour le bien de tous, allait être offerte. Au-delà des mots et des louables intentions, nous allions enfin constater l’efficacité de cette institution en conditions réelles.

Une aide qui ne vient pas

Dans un premier temps, l’Italie s’était tournée vers l’Europe pour obtenir de l’aide et cela paraissait naturel. Mais nombre de pays européens ont décidé de la fermeture de leurs frontières, ce qui risquait de ralentir la circulation des matériels. De plus, certains devenaient « frileux » sur ce sujet et ne tenaient pas à se démunir, suivant le vieux principe qui veut que « charité ordonnée commence par soi-même ». Il est probable que la politique budgétaire imposée à l’Union Européenne par les différents traités n’a pas aidé à la constitution des stocks. Le libre-échange généralisé qui a conduit à une délocalisation de la fabrication des matériels indispensables en cas d’épidémie s’est révélée avoir été, aux dires d’Emmanuel Macron, une véritable folie. Prise par l’urgence de la situation qui menaçait de devenir hors de contrôle, l’Italie a dû s’adresser à d’autres pays. La Chine, Cuba et le Vénézuéla ont répondu immédiatement  à cette demande.

Ensuite, ce fut la Russie qui répondit favorablement à l’appel de Giuseppe Conte, qui sollicita son aide lors d’un appel téléphonique à Vladimir Poutine passé le 21 mars. Le 23 mars, atterrissaient près de Rome le dernier des 9 gros porteurs russes promis par ce dernier, soit moins de 48 heures après l’appel.

Quel constat peut-on faire ?

En premier lieu, malgré tous les efforts déployés dans ce sens, les nations n’ont pas disparu. En cas de danger imminent et important, ce sont les seules entités vers lesquelles les peuples se tournent. Cela n’a rien de nouveau et Hélène Carrère d’Encausse était arrivée à la même conclusion dans son ouvrage « l’Empire éclaté » dans lequel elle prévoyait la fin de l’URSS. Quel dommage et que de temps perdu pour la construction européenne d’avoir voulu nier ce fait. N’avoir eu d’autre vision que celle d’une une intégration supranationale était irréaliste. De Gaulle en était persuadé et l’Histoire ne fait que le démontrer une fois de plus.

Mais il y a plus grave encore.

 

Avoir fait de cette même Union Européenne une sorte d’appartement témoin de la mondialisation future l’a considérablement fragilisée. Dès lors que seule comptait la fameuses « loi du Marché », la notion même de la défense des intérêts nationaux n’existait plus. Puisque nous allions tous vivre dans le même monde ouvert, peu importait qui fabriquait les choses dont nous allions avoir besoin. L’essentiel était qu’elles soient fabriquées quelque part, et que leur commerce laisse les marges les plus juteuses.

Il aura fallu l’épisode tragique que nous traversons actuellement pour que nous mesurions dans quel dénuement nous nous trouvions, et s’apercevoir ainsi brutalement de notre dépendance. Nous avions bel et bien perdu, au travers de cette sujétion, des pans entiers de notre indépendance et de notre souveraineté.

Il est curieux de constater, au travers du cas italien, que ce sont des nations non-européennes qui lui portent secours. Depuis des années, tous nos gouvernants sans exception nous ont vanté les bénéfices que notre pays allait tirer de cette Union Européenne supranationale. L’euro, cette « monnaie unique » qui devait servir de ciment n’a servi en réalité que les intérêts des financiers. Un simple regard sur l’endettement des pays de la zone euro, et en particulier ceux du Sud, suffit pour s’en persuader. Cette adhésion à l’euro, nous disait-on, ne pouvait se faire qu’à la condition de respecter des critères très stricts en matière de déficit budgétaire et d’endettement. En quelque sorte, nous devions, grâce à nos efforts et nos sacrifices, gagner notre paradis. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

On nous a opposé durant des décennies une rigueur budgétaire, jusqu’à la graver au burin dans le traité dit « de la Règle d’Or » pour finalement creuser des déficits abyssaux.

Et voilà que, à un moment où cette solidarité entre européens aurait dû se manifester, nous découvrons, une fois de plus, qu’elle est inexistante.

Ce n’est pas vraiment nouveau.

Cela n’est pas sans rappeler un épisode récent, loin d’être anecdotique. Il y a quelques mois, bien avant la crise que nous connaissons, Emmanuel Macron, qui se rendait très progressivement compte des dangers économiques qui risquaient de nous menacer, voulait protéger quelque peu les ouvriers européens. À sa grande surprise, le Premier Ministre portugais n’a pas soutenu cette démarche. Notre président lui a demandé pourquoi. La réponse fût, en substance : « Lorsque nous étions dans la difficulté, seule la Chine nous a aidé. Maintenant, nous lui rendons ».

Quelle va être la réaction populaire ?

Sans être prophète ni avoir de « boule de cristal », les peuples ne peuvent pas manquer de réagir. Passée cette période de peur et de sidération qui accompagne les évènements tragiques, survient le moment où les gens veulent savoir ce qui s’est réellement passé et qui a fait (ou pas fait) quoi.

Dans notre pays, lorsqu’ils vont découvrir qu’ils ont été copieusement « baladés », ne serait-ce que pour le 1er tour des élections municipales où on leur avait assuré qu’il n’y avait aucun risque de contamination. Beaucoup d’entre eux ont, du reste, préférés s’abstenir, ce qui n’est pas un bon signe de confiance.

Ensuite, les propos de notre Président, aux antipodes de ceux qu’il tenait jusqu’alors concernant la mondialisation. Comment va-t-il faire pour les mettre en accord avec ses actes futurs ? Il aura beau dire que la situation était l’héritage d’un passé vieux de plusieurs décennies, cela ne l’exonérera en rien, pas plus que le reste du gouvernement. C’est peut-être injuste, mais c’est ainsi.

Enfin, les déclarations de Agnès Buzyn, ancienne ministre de la santé publique, ont encore augmenté le doute et la confusion, achevant de jeter le discrédit sur toute la chaîne de transmission du pouvoir.

Leur effet risque d’être dévastateur.

Un tournant et peut-être une fin de la mondialisation …

Jacques Attali avait écrit en 2009 qu’il fallait « installer un gouvernement mondial » qui verrait le jour après qu’une pandémie se soit produite. C’était il y a 10 ans. Depuis, le monde a changé. Les peuples ont commencé à sortir de leur torpeur léthargique. Ils ont subi plus qu’ils n’ont profité de ses effets la délocalisation généralisée des usines et des services, grandement favorisée par l’essor du numérique. La crise de 2008 a eu des conséquences sur leur vie au quotidien et sur leurs impôts, et ils ne voient plus les choses de la même façon.

Alors, il se pourrait bien que la vision du gouvernement mondial souhaité par Jacques Attali se soit estompée au profit de celle d’un monde nouveau à la surface duquel réapparaîtraient les souverainetés nationales et que cette parenthèse mondialiste se referme.