Accusations contre le Rwanda pour créer un climat anti-tutsi au sein des populations hutu. Par Fulvio Beltrami*




Dans le but de créer un climat anti-Tutsi au sein des populations hutu, le régime nourrit des accusations contre le Rwanda, soupçonné d'avoir envoyé des unités des forces spéciales pour soutenir les offensives des mouvements armés à Bubanza et Cibitoke.

N'ayant aucune preuve de la présence de l'armée rwandaise au Burundi (présence qui ne peut être exclue), le régime est incapable d'agir au niveau diplomatique international.

Le manque de preuves pousse le régime à lancer les accusations contre le Rwanda indirectement.

Onze partis d'opposition, créés par le CNDD-FDD lui-même, ont publié un communiqué de presse jeudi 21 novembre accusant le Rwanda d'avoir attaqué le Burundi, orchestrant l'attaque contre des postes militaires à Mabayi. "Nous condamnons sans réserve le Rwanda pour avoir attaqué le Burundi, pays pacifique et pacifique. Nous demandons au gouvernement burundais de faire tout son possible pour mettre fin à ces agressions répétées au Rwanda ", lit-on dans la déclaration signée par Jean de Dieu Mutabazi, président du parti RADEBU (Rassemblement des Démocrates Burundais) qui a obtenu un 0, 2% des votes.

Mutabazi est un personnage bien connu, à la solde du régime HutuPower. Il est président de l'Observatoire national pour la prévention et l'éradication du génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité au Burundi. Une institution créée par le CNDD-FDD. Le rôle de Mutabazi est de nier tous les crimes commis par le régime avant même les preuves présentées par la Commission d'enquête des Nations Unies pour le Burundi avec lesquelles Mutabazi entretient bien sûr de très mauvaises relations.

Outre ces déclarations de pseudo partis d'opposition, la campagne médiatique sur les réseaux sociaux est intense, la plus absurde étant menée par Burundi Forum, un site d'information géré indirectement par le militant d'extrême droite belge Luc Michel. Dans une reconstruction surréaliste des événements de guerre dans le district de Mabayi les 16 et 17 novembre, Luc Michel (utilisant un pseudonyme) tente de présenter des preuves irréfutables de la présence de soldats rwandais au Burundi. Ce sont des cartes d'identité trouvées sur les présumés corps de soldats rwandais tués.

La défaite militaire subie par les forces Leashist de l'armée burundaise, est transformée par Luc Michel en une glorieuse victoire. "Malgré l'attaque surprise, la disponibilité d'armes ultra-modernes et la nette supériorité des Rwandais, les soldats burundais ont réussi à vaincre les agresseurs rwandais, les tuant et les blessant en grand nombre", explique le visionnaire belge "activiste néo-fasciste". Dans l’article, des photos à l’appui de sa thèse sont analysées avec soin et ne sont pas liées au contexte décrit dans l’article.

Luc Michel (né en 1958), avocat et militant politique, fondateur du NCP (Parti national communautaire européen), est basé sur une politique hallucinatoire nazo-communiste, une minorité de l'extrême droite européenne. Un mélange incompréhensible du communisme et du nazisme, où diverses personnalités politiques historiques et leurs pensées respectives sont incorporées: Lénine, Adolf Hitler, Staline, Che Guevara, Juan Peron, Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi.

Sa carrière politique délirante a commencé en tant que jeune homme en tant que membre du Front de la jeunesse, une milice d'extrême droite réprimée par le gouvernement belge. Malgré ses tentatives pour se présenter en tant que dirigeant politique, Luc Michel est rejeté par les environnements mêmes de l'extrême droite belge, y compris le Front national de Belgique, fondé en 1985 par Daniel Feret. Luc Michel a signé un contrat de conseil avec le régime de Nkurunziza depuis 2016, prenant en charge la propagande HutuPower en Europe. Une propagande inefficace à cause de ses articles, conférences et entretiens délirants et absurdes, mais qui convient pour tirer de l'argent du CNDD-FDD. Michel semble être un expert sur ces missions. En 2003, il avait reçu des mandats similaires du colonel Kadhafi. Nomination retirée en 2006 pour cause d’inefficacité.

En plus de transformer la défaite militaire subie dans le district de Mabayi en une victoire glorieuse de Nkurunziza, Luc Michel tente de promouvoir une théorie délirante du complot international contre le Burundi. Selon ce fasciste belge, le Burundi serait victime d'un complot militaire de l'OTAN et d'Africom, ce qui aurait déclenché une guerre géopolitique pour mettre un terme à l'influence économique de la Chine et de la Russie. Selon Luc Michel, le Burundi serait le pays clé dans le conflit commercial entre les États-Unis, l'Europe, la Chine et la Russie sur le continent. En cas de chute du gouvernement burundais "démocratique", les puissances "réactionnaires" occidentales pourront bloquer la pénétration de l'Afrique par Moscou et Beijing.

Il va même jusqu'à dire que l'OTAN et Africom ont récemment installé des bases militaires au Congo et au Rwanda avec les présidents Felix Tshisekedi et Paul Kagame. Les soldats de l'OTAN et d'Africom auraient également participé aux récents événements de guerre à Mabayi, aux côtés des soldats rwandais. Pour déjouer ce plan, le Burundi devrait demander une aide militaire à la Russie et à la Chine pour assurer sa survie nationale et gagner cette guerre disproportionnée à laquelle le gouvernement Gitega doit faire face après avoir été attaqué par les armées conjointes de l'OTAN et d'Africom.

Outre ces délires de propagande, il est clair que la stratégie adoptée par Nkurunziza contre les forces de libération burundaises est celle d'une répression totale de la population, l'anéantissement du parti hutu de Rwasa (maintenant reconnu par les masses hutu aux dépens du CNDD-FDD) et des massacres ciblés de Tutsi.

L'arme du génocide est gardée en réserve.

L’Holocauste, s’il se produira, ne pourra compter sur la participation des masses hutu, qui se placent dans une position de haine et d’opposition à Nkurunziza, au CNDD-FDD, aux milices Imbonerakure et aux mercenaires étrangers FDRL. Le manque de participation populaire peut ne pas suffire à éviter le danger. À l'heure actuelle, Nkurunziza pourrait déclencher le génocide avec les seuls Imbonerakure et FDLR, en s'appuyant sur la passivité de la population terrifiée et non armée.

Sur le front militaire, le régime aurait désarmé les unités tutsies du FAB (anciennes forces armées du gouvernement de Pierre Buyoya), en les confinant dans la caserne, pour les empêcher d'atteindre la rébellion ou de déclencher une révolte dans les territoires toujours sous le contrôle du CNDD-FDD. Des troupes loyalistes ont été envoyées dans le nord pour tenter d'attaquer l'armée républicaine du Burundi.

Des sources sûres informent que l'armée de libération lancera bientôt une offensive contre des villes stratégiques du pays avant l'assaut final sur Bujumbura. Les détails de cette offensive restent secrets pour des raisons évidentes.

 

*Journaliste indépendant et reporter sur l’Afrique de l'Est pour les journaux italiens L'Indro et ReteLuna. Il est basé à Kampala en Ouganda