Paul Rusesabagina, héros fabriqué par Hollywood, comme il sait bien le faire vient de comparaître ce lundi devant le au tribunal de première instance de Kicukiro avec 14 chefs d’accusations. Par MB   

 







Paul Rusesabagina, Rusesabagina, qui a fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis en 2018, a été présenté ce lundi 14 septembre au tribunal de première instance de Kicukiro, et il est suspecté d’actes du terrorisme contre le Rwanda , où il a été inculpé de 13 chefs d'accusation.

Les accusations auxquelles Rusesabagina fait face sont liées aux activités du FLN, un groupe de miliciens fondé par un collectif de tenues sous l'égide du MRCD, qu'il dirige.

La milice a déjà fait des incursions au Rwanda au cours desquelles plusieurs personnes ont été tuées tandis que d'autres ont été blessées et des biens détruits ou pillés par les assaillants.

Rusesabagina était accompagné de ses avocats, David Rugaza et Emelyne Nyumbo au tribunal de première instance de Kicukiro le 14 septembre.


Lors de l'audience présidée par Dorothy Yankurije, Rusesabagina a été inculpée de meurtre, de terrorisme, de financement du terrorisme, d'incendie criminel, de formation de groupes terroristes, entre autres.

Au début, Rugaza a soulevé trois objections, parmi lesquelles la compétence du tribunal pour juger l'affaire.

Les objections incluaient le fait que le domicile de Rusesabagina au Rwanda ne relevait pas de la compétence territoriale du tribunal.

Il a également déclaré que son client vit à l'étranger et n'était pas au Rwanda au moment où les crimes allégués ont été commis.

Cependant, Oscar Butera, le procureur principal, a déclaré qu'être un ressortissant étranger ne dispensait personne des crimes commis contre les Rwandais.

« Malgré le fait que le suspect soit rwandais et n'ait jamais renoncé à sa nationalité, nous poursuivons toujours les étrangers qui commettent des crimes ici », a déclaré Butera.

L'autre objection était que Rusesabagina était accusée de crimes commis avant la promulgation de la loi pénale actuelle, qui a été promulguée en 2018.

Pendant ce temps, les procureurs ont rejeté les allégations des avocats de la défense selon lesquelles une grande partie des charges retenues contre lui sont invalides car elles relèvent de la liberté d'expression.

« C'est loin de la vérité. Qu'est-ce que le financement d'un groupe terroriste (qu'il accepte lui-même) a à voir avec la liberté d'expression ? » Dit Butera.

À la suite des observations des deux parties, le juge a demandé une pause, affirmant que le tribunal délibérerait sur les objections par la défense et reviendrait avec une décision à 13 heures.

Le tribunal a confirmé qu'il est compétent pour entendre l'affaire, car « Rusesabagina a été arrêté dans le Secteur Nyarugunga du District Kicukiro ». L'audience a repris et le suspect et son avocat ont profité pour faire une demande de mise en liberté provisoire, car les lois rwandaises le permettent.

Les charges du Ministère Public

« Nous demandons que Paul Rusesabagina soit mis en détention préventive pour des crimes graves dont est soupçonné avoir commis en 2009 quand, alors Président du PDR Ihumure (Parti Démocratique Rwandais), il a rencontré un certain Lt Col Noël Habiyaremye alias Banga Banza Lambert des FDLR/Forces Démocratiques de Libération du Rwanda et il lui a demandé de venir avec ses hommes de troupes et faire partie de PDR Ihumure », a dit le Procureur ajoutant que le Militaire des FDLR a quitté la RDC pour le Burundi où Rusesabagina continuait de lui envoyer de l’argent.

Tentative échouée de création d’un mouvement armé

Le Procureur a dit que cet argent devait servir à créer un mouvement armé devant combattre le régime de Kigali.

Mais en ce moment là, malheureusement pour Rusesabagina car les bonnes relations rwando burundaises d’alors ont fait que le lieutenant colonel a été arrêté et remis à la justice rwandaise, a dit le Procureur.

Acte deux : Rusesabagina caresse le Gén. Wilson Irategeka

Paul Rusesabagina est retracé dans le sillage de CNRD/Conseil National pour le Renouveau Démocratique, mouvement armé du Général Wilson Irategeka.

De cette union, a dit le Procureur, le FLN/Forces de Libération Nationale a été fondé qui s’est enrichi d’un autre mouvement, le RRM/Rwandese Revolutionnary Movement du Maj. Callixte Nsabimana alias Sankara. Plus tard, le Parti de l’ancien Premier Mnistre Faustin Twagiramungu RWANDA RWIZA va entrer dans la coalition pour combattre le régime actuel rwandais, a ajouté le Procureur.

« Ce projet, ils pensaient que pour y arriver, il fallait faire le recours aux armes », a asséné le Procureur qui a pris tout son temps pour expliquer comment cette coalition de 4 partis, le MRCD/Mouvement Rwandais pour le Changement Démocratique dirigé par Rusesabagina, a dû créer le FLN sa branche armée.

Des crimes graves de financement de la rébellion armée

« La Police belge et Western Union ont fourni sur demande du Parquet Général de la République rwandaise des documents attestant des transferts d’argent de Paul Rusesabagina à Madagascar, aux Iles Comores et en RDC », a dit le Procureur dans son souci d’être précis pour suffisamment convaicre le juge du maintien en détention de l’accusé. Il a précisé que Western Union a fourni le relevé du transfert d’argent de Paul Rusesabagina au Major Sankara qui était aux Comores.

« D’autres transferts étaient envoyés aux combattants des FLN en RDC », a dit le Procureur suffisamment convaincant.

Dans le souci de persuader la cour que l’accusé est lourdement soupçonné, le Procureur a repris chacun des treize crimes supposés commis par le politicien qui adore les méthodes musclées.

Le Ministère Public dispose d’images et de son d’un entretien sur la création de FLN entre Twagiramungu et Rusesabagina, document qui a été saisi par la Police Belge lors de la perquisition au domicile de Rusesabagina en 2019.

Le Procureur part également du communiqué des FLN lu par le Porte-parole du dit mouvement, le Maj.Callixte Sankara qui précise que le FLN est une aile armée créée par le MRCD.

Le Procureur part aussi de l’interrogatoire d’un certain colonel Marc Nizeyimana des FLN et de la déclaration de Paul Rusesabagina qui a reconnu avoir adhéré au FLN mais a refusé d’en être le fondateur.

Financement des activités terroristes ?

C’est clair, a dit le Procureur. « Un dialogue entre le Gén. Wilson Irategeka et Paul Rusesabagina a été intercepté le 19 mai 2019 où le général reproche au politicien de tentatives de diviser les troupes à coup d’argent », a dit le Procureur explicitant son accusation par le fait que le politicien a envoyé 3.000 USD au Gén. Bernabé Sinayobye. Un autre transfert de 1000  a été envoyé aux Iles Comores au destinataire, le Maj. Nsabimana Sankara.

Quid des enfants-soldats ?

Le Procureur a trouvé, après avoir montré que l’Accusé est si pas le Chef suprême politique des armées FLN, du moins l’un de ses grands cerveaux, qu’il est responsable du recrutement d’enfants soldats lors de l’expédition dans la province du Sud dans les localités de Nyabimata et de Kitabi.

Le Ministère Public a collectionné 82 auditions des enfants qui ont été forcés de transporter les biens pillés par ces gens d’armes de FLN dans la forêt Nyungwe et de la Kibira et d’y rester faire des travaux militaires... « Tous ont été marqués par des conséquences négatives de ces travaux », a dit le procureur trouvant que ce crime est puni par le Code pénal rwandais et par les conventions juridiques internationales.

En foi de quoi, conclut le Ministère Public, « Nous requérons que l’accusé reste en détention préventive car, libéré provisoirement, il peut travestir les preuves de ses crimes ou exercer une pression sur les témoins ou encore comploter avec ses complices pour adopter un langage commun », a dit le Procureur ajoutant que Rusesabagina sait qu’il est fortement soupçonné de crimes de terrorisme, et que la Police Belge et le FBI américain ont conduit des investigations sur lui.

La parole est à la défense

Rusesabagina : « Au cours de l’interrogatoire des investigateurs, je n’ai pas répondu à beaucoup de questions. A celle d’avoir aidé le FLN, j’ai répondu oui pour avoir donné 20.000 E », a dit l’accusé.

En ce concerne d’avoir êté à la tête des gens qui semaient la mort parmi les civils, Rusesabagina a dit « ce n’est pas la mission qui avait été assignée au FLN ».

Au cours de sa plaidoirie, il a dit avoir confié aux officiers d’investigation que si les citoyens de Nyaruguru ont subi l’arbitraire des FLN « moi personnellement je me suis senti malheureux et je demande pour cela pardon aux familles victimes et même pour les conséquences qui se sont répercutées sur le pays tout entier ».

Bref tout le temps qu’il a passé devant le juge, il a regretté les exactions de FLN tout en n’acceptant pas ses responsabilités en tant que Président de MRCD.

La prochaine séance est prévue au 17 septembre prochain pour la lecture des délibérations qui confirmeront son maintien en détention préventive ou si l’accusé pourra être libéré provisoirement pour continuer son jugement hors de prison.