Elles sont nées au Congo belge dans les années 1940, d’une union entre une Congolaise noire et un blanc, et ont été arrachées de force à leur mère. Par Ouest-France  Avec AFP.









Cinq femmes métisses ont décidé de porter plainte contre l’État belge pour « crimes contre l’humanité », à quelques jours du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960.

Cinq femmes métisses nées au Congo belge dans les années 1940 et arrachées de force à leurs mères ont décidé de porter plainte contre l’État belge pour crimes contre l’humanité, selon le texte de la plainte obtenu ce jeudi 25 juin par l’AFP.

Les plaignantes, toutes nées d’une union entre une Congolaise noire et un blanc, ont été placées par l’administration belge dans une mission catholique, dès leur plus jeune âge, comme ce fut le cas pour des milliers d’enfants métis pendant la période coloniale.

 

Un manifestant brandit un portrait de Léopold II, propriétaire à titre personnel du Congo belge pendant son règne (1865-1909). | REUTERS

 

 

Ce sont des rapts d’enfants qui ont été organisés par l’État belge et mis en œuvre avec le concours de l’Église, accusent ces femmes, quatre Belges et une Française, âgées aujourd’hui de 70 à 74 ans.

« Les enfants du péché »

Certaines d’entre elles sont nées de père déclaré inconnu sur leurs documents, alors qu’il ne l’était pas, ajoute la plainte, rappelant que le principe était de soustraire l’enfant métis à toute influence de la mère, sur fond de séparation stricte entre Blancs et Noirs.

Selon les médias, la requête a été déposée au tribunal de première instance francophone de Bruxelles mercredi 24 juin, à quelques jours du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960.

La citation a été notifiée à l’État belge, mais n’est pas encore inscrite au rôle (du tribunal) actuellement et aucune date d’audience n’a été fixée, a indiqué ce jeudi une porte-parole du tribunal.

L’État belge se voit aussi reprocher d’avoir abandonné ces enfants au moment de l’indépendance, certains devenant alors la proie de miliciens congolais. Le texte évoque abus sexuels, viols, attouchements.

Nous étions les enfants du péché, on était malheureux, a dit l’une des cinq plaignantes, Léa Tavares Mujinga, à la chaîne francophone RTBF, qui a enquêté sur le sujet avec le quotidien Le Soir et l’hebdomadaire Le Vif.

Excuses officielles

Les avocats des plaignantes estiment que le crime contre l’humanité est constitué car ces femmes métisses ont été victimes d’un système institutionnalisé, via notamment des réglementations raciales officielles prises par l’État.

Elles réclament le paiement d'une somme provisionnelle de 50 000 € à chacune d’elles et la désignation d’un expert chargé d’évaluer le préjudice moral subi.

En avril 2019, la Belgique, par la voix de son Premier ministre d’alors Charles Michel, avait présenté ses excuses pour les injustices et les souffrances endurées par ces enfants métis placés de force à l’écart de la population.

La Belgique a été la puissance coloniale du Congo (aujourd’hui RDC, ex-Zaïre) et du Ruanda-Urundi, jusqu’aux indépendances acquises en 1960 pour le premier pays et en 1962 pour le Rwanda et le Burundi.

Selon l’association Métis de Belgique, entre 14 000 et 20 000 enfants métis sont nés dans ces trois pays de liaisons entre des colons et des femmes indigènes.