Un ancien gendarme rwandais Philippe Hategekimana soupçonné d'avoir participé au génocide de 1994 et réclamé par la justice française a été extradé mi-février depuis le Cameroun et placé en détention provisoire. Par l'AFP




Philippe Hategekimana, devenu Philippe Manier lors de sa naturalisation française, avait été interpellé le 30 mars 2018 à Yaoundé en vertu d'un mandat d'arrêt international délivré par un juge d'instruction du pôle Crimes contre l'humanité du tribunal de grande instance de Paris.

Près d'un an plus tard, le Cameroun a accédé à la demande des autorités françaises et M. Manier a été présenté aux juges d'instruction parisiens le 15 février avant d'être placé en détention provisoire dans une maison d'arrêt française.

Cet ancien adjudant-chef de la commune de Nyanza, dans le sud du Rwanda, est soupçonné d'avoir « organisé et participé à plusieurs massacres en avril 1994, tels que l'assassinat d'un bourgmestre tutsi, et plusieurs massacres de grande ampleur commis dans la région de Butare », avait précisé une source judiciaire lors de son arrestation.

Philippe Manier avait fui le Rwanda après le génocide. Il était depuis domicilié en France, dernièrement dans la région de Rennes (ouest), mais avait quitté récemment le pays pour se rendre au Cameroun.

L'enquête le visant avait été ouverte à Paris en septembre 2015 après une plainte du le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) déposée trois mois plus tôt.

Dans sa plainte consultée par l'AFP, le CPCR l'accuse d'avoir participé au massacre de la colline de Nyamure, qui avait fait des milliers de morts, ainsi qu'à celui de la colline de Nyamugari où près de 300 Tutsis avaient tenté de fuir.

Interrogé alors par l'AFP, Philippe Manier avait contesté l'ensemble des faits qui lui sont reprochés.

« C'est une histoire rocambolesque, il était parti en douce au Cameroun pour échapper à la justice française », a réagi le président du CPCR, Alain Gauthier.

« J'espère qu'il sera maintenu en prison car il y a des risques de fuite avérés », a-t-il ajouté.

L'avocat de M. Manier n'était pas joignable dans l'immédiat.

Plus d’un million de personnes, essentiellement tutsi, ont été tuées en trois mois lors de massacres déclenchés par l'attentat qui a coûté la vie au président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

 

Le CPCR, qui traque les possibles génocidaires en recueillant notamment des témoignages de victimes sur place, est à l'origine de plus d'une quinzaine d'enquêtes instruites en France, en vertu de la compétence universelle que le pays a attribué à ses juridictions pour les crimes les plus graves, comme le génocide