Alors que les preuves s’accumulent à l’encontre de militaires français poursuivis pour « complicité de génocide » au Rwanda, les juges pourraient prononcer un non-lieu. Par Lola Ruscio.



Le mémorial de la résistance tutsie où sont entreposés 3000 squelettes de victimes du génocide de 1994, sur la colline de Nyankomo à Bisesero. ThierryDudoit/EXPRESS-REA

 

Bisesero, de vastes collines dans la préfecture de Kibuye, bordant le lac Kivu, où des milliers de Tutsis ont cru pouvoir se réfugier pour fuir les tueries planifiées, un peu partout au Rwanda, dès avril 1994. Ils tentent de survivre face aux miliciens hutus, quand une lueur d’espoir surgit : l’armée française arrive sur place à partir du 26 juin. Mais les bourreaux continuent de déchiqueter, violer, éventrer les corps, sous le regard passif des militaires, sur ce territoire contrôlé par l’opération «Turquoise lancée par le président François Mitterrand.

Ce passé désagréable, la justice semble lui tourner le dos. Treize ans après l’ouverture de l’information judiciaire, les juges d’instruction du pôle génocide du tribunal de Paris ont notifié, au milieu de l’été, la clôture de leur instruction aux parties civiles, sans prononcer aucune mise en examen de militaires français. La fin de l’enquête pourrait déboucher sur un non-lieu. « Cette fin d’enquête est prématurée, car tout n’a pas été fait, a dénoncé vendredi, en conférence de presse, Fabrice Tarrit, coprésident de l’association Survie. Toutes les pistes n’ont pas été investiguées suffisamment. » En 2005, six rescapés tutsis déposent une plainte contre X pour « complicité de génocide et de crimes contre l’humanité ».

Le lieutenant-colonel Jean-Rémy Duval, membre du commandement des opérations spéciales (COS), et le général Jean-Claude Lafourcade, chef de l’opération «Turquoise», sont mis en cause pour ne pas être intervenus dès la situation connue, le 27 juin.