Mis en examen pour crime contre l’humanité, dans le cadre du génocide contre les Tutsi en 1994, le docteur Charles Twagira travaille depuis ce mois de janvier à l’hôpital Paul-Doumer de Labruyère (Oise). Par Gauthier Lecardonnel



Le génocide des Tutsis a eu lieu d’avril 1994 à juillet 1994 au Rwanda. Il a fait plus d’un million de morts. En France, le pôle génocide du Tribunal de Paris est chargé de 27 procédures judiciaires. En juillet 2016, deux ex-bourgmestres ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité à paris. Ils seront rejugés en appel en mai et juillet 2018.
Le docteur Charles Twagira, 60 ans, est un homme traqué. Le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), Alain Gautier, ne le lâche pas d’une semelle. Et c’est son collectif qui a retrouvé la trace du médecin, qui, après avoir notamment travaillé à Rouen, exerce depuis le 10 janvier à l’hôpital Paul-Doumer de Labruyère, près de Liancourt (Oise), comme l’ont révélé nos confrères de Oise Hebdo.
Le docteur Charles Twagira a été condamné en 2009 à perpétuité par un tribunal rwandais. Il s’est réfugié dans l’Hexagone, où il a obtenu la nationalité française. La même année, une plainte a été déposée contre lui par le CPCR pour génocide et crime contre l’humanité. Le pôle génocide et crimes de guerre du tribunal de grande instance de Paris a pris l’affaire en main. Le 20 mars 2014, le médecin a été mis en examen et placé en détention provisoire. Il est sorti de prison le 22 mai 2015, mais il reste sous contrôle judiciaire en attendant la fin de l’instruction. « Nous attendons la fin de l’enquête. Mais nous sommes confiants, nous savons que la justice dispose de suffisamment d’éléments pour qu’il soit jugé », commente Alain Gautier.
« Une diffamation inacceptable »
Dans la plainte, le docteur Twagira est décrit comme « un des chefs de la milice dans la commune de Kibuye, dont la raison d’être et le but étaient de commettre le génocide des Tutsi ». Se basant sur des témoins, le CPCR note dans sa plainte la responsabilité du médecin dans l’assassinat de l’épouse et des enfants de son prédécesseur à la tête de l’hôpital de Kibuye. Il l’accuse « d’avoir entravé l’installation des aides sanitaires du stade où s’étaient réfugiés des milliers de Tutsis » qu’il aurait refusé de soigner. L’accusation lui reproche également « d’avoir usé de ses fonctions au sein de l’hôpital afin d’y conduire des tueurs et leur permettre de tuer les Tutsis qui s’y trouvaient », d’avoir « organisé des barrages dans l’hôpital pour permettre aux miliciens de contrôler l’identité de la population et d’empêcher ainsi les Tutsis de fuir ».
Le médecin a toujours nié les faits. Au moment de sa plainte, il avait parlé « d’une diffamation inacceptable ». « J’ai essayé de limiter la casse. Je n’ai jamais été membre – et a fortiori chef – des milices. Celles-ci ne m’ont pas demandé de l’être. J’ai fait mon boulot de médecin, je ne suis pas un militaire », a-t-il dit en 2009 à un journaliste du Monde qui a obtenu un entretien.
Son avocat, Me Arthur Vercken parle d’une « chasse à l’homme lamentable et pitoyable ». Pour lui, son client fait l’objet d’une procédure basée sur « un dossier totalement inventé » : « Il faut savoir que les témoignages sont manipulés. Le pouvoir en place, qui est une dictature, utilise le génocide pour écarter toutes les personnes susceptibles de le déranger ».