GENOCIDE CONTRE LES TUTSI : Publication dans un Livre du Traitement Juridictionnel par Dr Astou Fall

Quand Mlle Astou Fall, auteur de l'ouvrage: « Le traitement juridictionnel du crime de génocide au Rwanda et des crimes contre l'humanité commis au Rwanda », raconte ce génocide, la tristesse se lit sur son visage. Par Aliou Ngamby Ndiaye





Dans un ouvrage intitulé : « Le traitement juridictionnel du crime de génocide et des crimes contre l'humanité », Mlle Astou Fall, Docteur en droit de l'Université d'Auvergne (France), explique comment la communauté internationale et le gouvernement d'unité nationale du Rwanda ont pu traiter, de manière juridique, ces crimes contre l'humanité. Elle aborde dans le livre l'aspect social du génocide.
Elle est passée à notre rédaction le mardi pour expliquer son ouvrage paru en avril 2017 à la maison d'édition l'Harmattan France. Ce génocide de 1994, elle s'en souvient encore.
A travers les images qui défilaient sur les écrans de télévision à l'époque, la petite Astou Fall voyait des corps allongés avec, à côté, des machettes. Ainsi, se rappelle-t-elle, elle ne cessait de demander à son père pourquoi toutes ces personnes sont « charcutées » avec des machettes, ces outils devant servir à couper seulement du bois.
Vingt ans plus tard, Mlle Astou Fall a trouvé un début de réponse aux questions qu'elle a toujours posées à son papa. Etudiante en master à l'Université d'Auvergne (France), elle a commencé à travailler sur la protection des droits de l'homme dans la région des Grands Lacs.
Avant la France, elle a obtenu sa maîtrise à l'université Gaston Berger de Saint-Louis en 2003. Toutefois, le Rwanda revenait régulièrement dans ses travaux. Ainsi, avec l'aval de son professeur, elle a décidé, après son master, de se focaliser sur le cas spécifique du Rwanda qui a connu, entre le 6 avril et le 4 juillet 1994, le dernier génocide du 20ème siècle.
Depuis la fin de cette tragédie, beaucoup de chercheurs et d'écrivains ont fait des productions sur le Rwanda. Mlle Astou Fall qui est venue allonger cette longue liste de personnes qui se sont penchées sur le génocide du Rwanda.
Elle s'est surtout intéressée à la partie « répression pénale », c'est-à-dire la poursuite des responsables du génocide en intitulant son ouvrage : « Le traitement juridictionnel du crime de génocide et de crimes contre l'humanité commis au Rwanda ». Après plusieurs voyages de terrain dans ce pays, elle a eu des entretiens avec des responsables du génocide, des rescapés, des victimes.
Elle a recueilli un ensemble de témoignages pour démontrer au grand public que «ce pays qui a été déchiré, au plan social, par un crime si grave que le génocide, a pu recoller les morceaux pour revivre ensemble ». L'ouvrage, explique-t-elle, ne traite pas seulement de l'aspect pénal du génocide. L'auteure aborde, en même temps, « l'aspect sociologique » de ce crime.
Genèse
Dans son ouvrage, Mlle Astou Fall est revenue sur la genèse du génocide au Rwanda. Selon elle, ce n'est pas l'attentat perpétré le 6 avril 1994 contre l'avion de Juvénal Habyarimana, alors président du Rwanda, qui est la cause principale du dernier génocide du 20ème siècle. Celui-ci, explique-t-elle, est la « cause de plusieurs crimes perpétrés au Rwanda depuis 1960 ».
L'auteure charge les colons belges d'être derrière cette division ethnique car, au Rwanda, « c'était le vivre ensemble entre Hutu et Tutsi ». Mais les colonisateurs ont adopté la politique du « diviser pour mieux régner » en favorisant une ethnie contre l'autre.
Avec la colonisation, la minorité Tutsi a été discriminée. Les membres de cette communauté n'avaient presque accès à rien : ni à la terre, encore moins à certains postes stratégiques de l'administration. Ils sont, principalement, les victimes de ce génocide.
« Le génocide est l'aboutissement de plusieurs crimes qui ont été perpétrés et qui n'ont pas été punis. Ce phénomène d'impunité a accéléré le processus génocidaire au Rwanda. A l'époque, même ceux qui étaient jugés étaient amnistiés après. Il y avait une loi d'amnistie qui a été votée spécialement pour eux », révèle l'ancienne « Legal researcher » au Bureau du Procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda.
C'est après ces crimes commis entre avril et juin 1994 que les Nations-Unies ont mis en place le tribunal pénal international pour le Rwanda. L'objectif de cette Cour était, d'après l'auteur de l'ouvrage, « de juger les principaux responsables, c'est-à-dire les commanditaires du génocide ». Selon elle, le but de ce tribunal n'était pas de poursuivre tous les auteurs, mais seulement les commanditaires.
« A ce jour, je peux dire que 80% des commanditaires ont été poursuivis. Il reste environ quatre fugitifs au total sur la liste des principaux accusés qui étaient censés être jugés par le tribunal pour le Rwanda. Le bilan du tribunal est positif parce que la plupart des génocidaires ont été jugés », apprécie-t-elle.
Au-delà de ce tribunal, le nouveau gouvernement rwandais né après le génocide a mis en place un processus de réconciliation nationale. L'auteur indique que le gouvernement rwandais considérait « qu'il n'y a pas d'autres solutions que le vivre ensemble entre Tutsi et Hutu ». Cependant, cette réconciliation ne signifie pas, pour autant, que les responsables de ces crimes contre l'humanité devraient rester impunis.
C'est pourquoi, rappelle Mlle Astou Fall, le Rwanda a fait revenir les « Gacaca » (Justice sur le gazon au Rwanda) qui étaient « un système traditionnel pour juger les conflits mineurs entre voisins.
Pour éviter de compromettre le processus de réconciliation nationale, le gouvernement a, avec les « Gacaca », poussé tous les responsables qui passaient devant ces tribunaux communautaires à avouer leurs actes tout en demandant pardon aux victimes.
« Cela a permis aux familles des victimes de comprendre comment leurs parents ont été tués. Ainsi, certains Rwandais ont pu faire le deuil et commencer à réfléchir sur comment pardonner », explique-t-elle.
Aujourd'hui, la réconciliation nationale est enclenchée. Les Rwandais continuent de panser les plaies de ces crimes odieux. Plus de 20 ans après l'un des pires carnages de l'histoire de l'humanité, le pays est aujourd'hui plus que soudé et est devenu un modèle de développement en Afrique.