Si le terme « fake news » semble quelque peu galvaudé par Donald Trump, en Afrique, il s’agit toutefois d’une réalité. Pour plus de transparence, de preux fact-checkers ont décidé de s’y attaquer et de rétablir la vérité sur le continent. Kathleen Wuyard


Une mission périlleuse dans la jungle médiatique, qui voit les fact-checkers face aux canaux traditionnels de l’info, mais aussi aux blogs, aux fils Twitter et autres sources d’information instantanée aussitôt repartagée sans être vérifiée. Périlleuse, certes, mais il en faut plus pour décourager ces intrépides pourfendeurs de fake news.
C’est en 2012, à Johannesburg, que la première cellule d’Africa Check a vu le jour. A l’origine, Peter Cunliffe-Jones, qui était alors chef de bureau de l’AFP au Nigeria. L’objectif: « tenir les personnalités publiques pour responsables de leurs déclarations afin que leurs affirmations puissent être vérifiées de manière transparente et impartiale ».
Mais aussi promouvoir la précision dans le débat public et dans les médias en Afrique, avec, à terme, la volonté d’offrir aux communicants du continent des outils pour éviter les fake-news et communiquer de manière éclairée.
Transparence vitale
Des objectifs louables, qui valent à l’équipe d’Africa News le soutien des fondations AFP et Shuttlework mais aussi de Bill et Melinda Gates. Un soutien à la hauteur de l’ampleur (et de l’importance) du projet. Aujourd’hui, Africa News compte, outre son bureau originel de Johannesburg, une antenne francophone au Sénégal, ainsi qu’un bureau à Lagos et un autre à Nairobi pour couvrir l’Afrique de l’Est. Leur mot d’ordre ?
Nous croyons que la transparence est vitale dans la vérification des faits. Pour permettre à nos lecteurs et à ceux dont les propos ont été examinés par nos soins, de vérifier par eux-mêmes les résultats de nos recherches, nous fournissons les liens de tout matériel utilisé dans nos articles, et les détails des gens avec qui nous avons parlé.
Et l’équipe d’Africa Check de s’enorgueillir : « Nous étions fiers d’apprendre qu’une étude conduite par des universitaires basés aux USA sur des sites de fact-checking dans six pays du monde, est arrivé à la conclusion qu’Africa Check, par article produit, redirige vers le plus grand nombre de sources et avec la plus grande diversité ». Une diversité qui fait écho à celle des sujets traités.
Ainsi, sur la page d’accueil, on retrouve aussi bien une analyse des bienfaits prétendus du gombo pour lutter contre le cancer du sein (pas de preuve scientifique) que le démontage méticuleux d’allégations affirmant qu’un législateur nigérian gagne plus que Donald Trump.
En tout, chaque fact-checker s’attelle en moyenne à trois nouvelles par semaine; un rythme dicté par la méticulosité du processus mais aussi par la difficulté de trouver des sources fiables. Un problème auquel Africa Check souhaite remédier. Ainsi que l’a confié au Monde Assagne Diagne, membre de la cellule Africa Check de Dakar,

Nous allons mettre à disposition de la presse africaine, à la fin de l’année, un outil en ligne nommé Infothèque. Il va rassembler des données fiables et des ressources documentaires sur onze thèmes régulièrement abordés par les médias, avec les contacts de plusieurs experts indépendants qui pourront aider à actualiser les données.