Qui l'aurait imaginé, il y a une vingtaine d'années ? Qu'un pays qui sortait d'une guerre civile fratricide pourrait ambitionner, en 2018, de devenir le hub technologique de l'Afrique. Nidam Abdi, Consultant-expert en transition et développement numérique des territoires urbains


Voilà qui donne tout son sens à l'accord signé vendredi 25 mai, à Paris, entre Finance Innovation et kLab, l'incubateur d'innovations rwandais le plus dynamique, hébergé dans des locaux de l'état rwandais.
L'image est saisissante, au premier jour de l'entrée en pratique du Règlement général sur la protection des données, vendredi, alors qu'au Salon VivaTech, Porte-de-Versailles, l'Internet anglo-saxon faisait, une fois encore, la démonstration de sa démesure, entre ambition californienne de grandir encore et crainte de régulation européenne, commençait, dans la discrétion d'un salon du faubourg de la rue Saint-Honoré, l'écriture d'une histoire singulière du monde des nouvelles technologies.
L'accord entre le Pôle de compétitivité français dédié à l'innovation dans le secteur de la finance et le Centre d'innovation technologique de Kigali, la capitale du Rwanda, est bien plus qu'un projet fintech, c'est d'abord une initiative sociétale.
Nous avons prédit ici même, en décembre, et à l'occasion de la nomination des Top Voices 2017 de LinkedIn : "2018, année de la responsabilité sociétale des entreprises et des villes intelligentes". Il semble, et de manière étrange, qu'on trouve, dans le monde des technologies financières, une vraie conscience de la responsabilité sociétale des entreprises liée à la gouvernance de la ville intelligente.
À l'université de technologie de Nanyang, à Singapour, le professeur Woo Jun Jie, enseignant en sciences sociales, a déjà théorisé, ces dernières années, que la fintech et la fingouv doivent aller de pair. Singapour s'est dotée d'un modèle de marché bancaire numérisé conçu pour lui permettre de doubler les places financières de Londres, New York, Tokyo et Francfort.
La compétition fintech a besoin de territoires urbains numérisés bénéficiant d'une gouvernance rigoureuse et intelligente. On est loin de l'Internet de ces 20 dernières années qui, par la griserie des levées de fonds, a oublié que les nouvelles technologies ne sont que des outils.
Si les acteurs de la fintech ont une conscience qui prend bien en compte de la gestion sociétale d'une ville et de son développement durable, l'engagement de Finance Innovation, auprès de KLab et des pouvoirs publics du Rwanda, de transformer Kigali en hub financier de l'Afrique, s'inscrit totalement dans une nouvelle philosophie de l'économie numérique. Celle de participer à l'avènement de villes intelligentes les plus inclusives possible.
Le vendredi 25 mai, la signature de l'accord entre Finance Innovation et l'incubateur KLab, s'inscrivait dans une démarche du Pôle de compétitivité français visant à aider le Rwanda à se constituer une communauté d'entrepreneurs pour accompagner le pays à se positionner au niveau continental sur la technologie financière. Joëlle Durieux, directrice générale de Finance Innovation, et Jean-Hervé Lorenzi, son président, ont, durant la réception de leurs partenaires, insisté sur la nécessité de travailler en bonne cordialité avec les partenaires rwandais. Cette bonne entente ne pourrait-elle pas préfigurer une ambition franco-rwandaise d'étendre cet accord au niveau de l'Afrique ?