Les rythmes de croissance des économies de certains "lions" africains fascinent les investisseurs étrangers. Implanter son business dans un pays comme l’Éthiopie ou le Rwanda est synonyme d’opportunités et de rendements inégalés. Par Zakaria Lahrach


Ils ne sont pourtant pas beaucoup à avoir franchi le pas et, passée la première euphorie, bien des investisseurs renouent avec la frilosité à l’égard d’un continent dit "à risques". Comment faire alors pour profiter de cet environnement florissant tout en sécurisant ses activités et ses capitaux? C’est à cette question qu’ont essayé de répondre les participants au business panel organisé dans le cadre du Forum MEDays jeudi 9 novembre à Tanger.

Premier constat partagé par les différents experts risques-pays et investisseurs présents, la perception du risque en Afrique, notamment celui lié à l’instabilité politique et sociale, ne représente pas la réalité du terrain. Tous s’accordent à dire qu’il ne faut pas trop s’en inquiéter, en tout cas pas au point d’empêcher des investissements. "Les investissements étrangers directs en Afrique représentent à peu près 60 milliards de dollars par an dont plus de la moitié concentrée dans 5 pays (Angola, Égypte, Nigéria, Ghana et Éthiopie). Pourtant, dans les classements de risques-pays publiés chaque année, ces cinq-là sont, en règle générale, toujours considérés parmi les pays les plus risqués, du moins sur la question de la sécurité et du risque politique", constate Alexandre Medvedowsky, président d’ESL & Network France, cabinet d’intelligence économique.

Car quand bien même ce risque existe, il n’est en rien plus important que d’autres risques liés à l’environnement réglementaire par exemple. Ce dernier reste à bien des égards beaucoup plus préoccupant pour les entreprises qui souhaitent s’installer en Afrique. Délais de paiement allongés, droits des créanciers peu ou pas du tout protégés, droits de propriétés intellectuelles inexistants, fiscalité contraignante... Autant de risques auxquels les entreprises doivent faire face et qui demandent une connaissance précise de l’environnement, que ce soit pour les investisseurs étrangers ou pour les entrepreneurs africains locaux.

Entretien avec Frédéric Louat, directeur général de Coface Maroc

HuffPost Maroc: Beaucoup de panelistes ont insisté sur le fait qu’investir en Afrique n’était pas plus risqué qu’ailleurs. Tout en n’ayant pas complètement tort, pourquoi n’ont-ils pas tout à fait raison?

Frédéric Louat: Si l’on considère la question de manière globale, il y a effectivement des risques en Afrique qui n’existent pas en Europe ou ailleurs. En ce sens, investir en Afrique est plus risqué. Mais il faut dire aussi qu’il y a des risques en Europe qui n’existent pas en Afrique. Je dirais généralement que c’est en termes de stabilité et d’environnement réglementaire que le continent connaît le plus de difficultés. La clé est de comprendre les risques spécifiques à chaque pays et à chaque environnement des affaires. La chance qui existe aujourd’hui en Afrique est qu’il y a beaucoup d’activités de conseil, beaucoup d’expertise qui à la fois peuvent aider des entrepreneurs locaux à développer leur business sur place, mais aussi à accompagner les investisseurs internationaux qui peuvent plus facilement avoir une vraie vision et une expertise locale afin de mieux cerner les risques auxquels ils font face quand ils sont en Afrique.

Est-ce qu’il y a des risques plus "dangereux" que d’autres?

Je crois que tout risque est potentiellement dangereux. Un changement réglementaire peut détruire complètement un business plan tout autant qu’une révolution. Il y a donc tout un ensemble de risques à prendre en compte. L’impact de ces risques doit être étudié en fonction du business. Évidemment, sur une activité très réglementée, un changement réglementaire aura un gros impact tandis qu’il sera beaucoup moins fort sur une activité pas réglementée du tout. Le risque doit être pris en compte de façon très classique en calculant la probabilité qu’il a de se concrétiser et l’impact qu’il pourra avoir sur une activité donnée.

Beaucoup d’entreprises marocaines sont présentes en Afrique. Selon votre expérience, quels sont les risques les plus récurrents auxquels elles font face?

Je parlerais d’investissements, mais également de commerce, car beaucoup d’entreprises marocaines s’ouvrent à l’export vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Le premier challenge auquel font face ces dernières est la méconnaissance des acteurs locaux. Cette méconnaissance est due au fait que ces marchés sont relativement nouveaux pour pas mal d’acteurs marocains, mais aussi à l’absence d’informations disponibles sur les entreprises de l’Afrique de l’Ouest de façon générale. Du côté des investissements, il y a moins de risques, car les entreprises marocaines jouissent d’un avantage particulier. En effet, beaucoup d’investissements se font dans le cadre de partenariats signés au plus haut niveau de l’Etat entre le Maroc et les chefs d’État africains, ce qui assure de facto une certaine protection naturelle contre les risques politiques et classiques comme les risques d’expropriation ou de non-convertibilité.

Quelles sont les destinations sur lesquelles les investisseurs devraient garder un œil?

Pour différentes raisons, les investisseurs marocains se sont beaucoup intéressés à l’Afrique de l’Ouest. Ce qui fait que l’Afrique de l’Est a pris un petit peu de retard en termes d’intérêt. Je crois que cette partie du continent représente aujourd’hui l’Eldorado, si on peut l’appeler ainsi, pour les entreprises marocaines en termes d’investissements. Cela suppose bien entendu la résolution d’un certain nombre de problèmes logistiques que ce soit au niveau des liaisons aériennes ou du transport maritime. Mais globalement, toute la partie orientale de l’Afrique, qui n’est pas le premier marché des acteurs marocains pour des problèmes linguistiques notamment, doit être intégrée dans le radar des entreprises marocaines qui souhaitent avoir une dimension internationale, surtout des pays tels que le Kenya, l’Éthiopie et le Rwanda.