C’est en cette période de printemps il y’a 25ans, dans les collines de Byumba lorsque nous étions dans les maquis pour libérer notre chère patrie que j’ai fait connaissance avec toi. Par Rwigema Seka Emery





Je m’en souviendrai toujours de mes camarades qui sont tombés sur les champs d’honneurs et particulièrement toi Cher Jimmy karambizi car tu as été parmi mes amis aux fronts qui m’ont soutenu quand j’en avais besoin !
Nous qui avons eu la grâce de survivre comme nous le chantions « Wawili wakufe watatu wapone waliobaki watajenga Rwanda… » Nous te rendons aujourd’hui un vibrant hommage. Tu sais, notre pays en mémoire de tes sacrifices t’a remis deux médailles : une pour la libération et l’autre pour avoir stoppé le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda.
Camarade si je témoigne aujourd’hui à la demande de ta sœur Carine Karambizi seule rescapée de ta famille, je manque les mots, j’hésite, je réfléchis car j’ai le devoir de lui parler de toi, j’ai l’obligation de me souvenir des camarades qui sont morts aux fronts, me souvenir de toi m’est pénible surtout que tu n’as cessé de me parler de ta famille.
Camarade les mots me manquent pour exprimer ton courage, ta détermination et l’amour de ta chère patrie pour laquelle tu n’as pas hésité de verser ton sang croyez-moi ce n’est pas en vain que tu es mort car le génocide perpétré contre les Tutsi a été stoppé et voilà que nous vivons dans un pays tranquille et prospère grâce à tes sacrifices.
Nous avons passé des moments difficiles au combat quand les balles nous passaient dessus en sifflant et que les bombes nous tombaient dessus, tant de camarades sont tombés au champ de batailles et d’autres ont été blessés.
Quand le feu cessait ce fut le moment où nous nous rapprochions et devenions finalement des bons amis au point de connaitre ta chère famille sans jamais les rencontrer.
J’aurais bien voulu que tu sois ici présent parmi nous mais hélas oui tu es parti et moi qui croyait clore ce chapitre de retrouvailles ! Voilà encore ton ombre réapparait à travers ton unique sœur survivante pour qu’elle continue de témoigner des siens et perpétrer la mémoire de siens à travers sa postérité jusqu’à la consommation de temps.
J’ai la ferme conviction que ton âme repose en paix parce que les écritures nous disent qu’il n’y a pas un plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères !
A toi Carine Karamibizi,
Le Camarade Jimmy Karambizi du 21ème Bataillon d’Infanterie, est mort au combat en tentant de repousser 3 divisions d’ennemis en débandades en provenance de Kibungo et qui tentaient de rejoindre Kigali. Ton frère se battit vaillamment et y laissa sa vie il y a 23ans en 1994.
J’ai eu le privilège de vivre avec ton frère dans les maquis à Byumba, Mukarange, Gasambya, Rushaki, Kiyombe, Cyanika, Bwisige, Kaniga. C’était un jeune homme qui s’en allait au combat avec fierté, courage et détermination pensant aux injustices et aux discriminations qu’il subissait.
Commandant chargé des mines dans notre compagnie il était en première lignes pour les déminages une tache périlleuse.
Quand je pense à mes camarades du début, ces jeunes hommes beaux et pleins d’idéal qui sont morts au front, leurs images ne cessent de resurgir surtout en rencontrant leurs proches et amis. Cette impression, je la ressens vivement chaque jour, en voyant ta sœur Carine Karambizi et chaque année en Avril quand elle commémore les tiens mort pendant le génocide perpétré contre les Tutsi, elle met toujours ta photo en tenue de Mukotanyi; je la remercie et je l’admire.
Cher Jimmy te souviens-tu de ta promesse que tu nous as fait la dernière fois qu’on s’est vu? En effet, tu nous as donné rendez-vous à Kigali night, j’y suis allé en ta mémoire avec tes frères d’armes Zeus, Eric nous parlions de toi, de ton bravoure, ton amour de la patrie et ton sens d’amitié. Que la terre de tes ancêtres te soit douce et légère.
Tu peux être fier là où tu es car grâce à toi, ceux qui espéraient annihiler toute une ethnie ont échoué dans leurs plans et aujourd’hui une nouvelle génération a vu jour de tous ces rescapés du génocide perpétré contre les Tutsis.
RIP Commandant Jimmy Karambizi.
La meilleure histoire que je connaisse sur Jimmy Karambizi est ses missions les plus dangereuses et risquées en minant et en déminant des territoires partout où on devait se battre. Jeune homme de talent et discipliné, il a acquis rapidement des responsabilités en étant un tout jeune commandant.
Bien entendu, Jimmy était le plus jeune de mes camarades, il était le seul que j’ai connu qui parlait couramment la langue de Molière. Notre amitié s’est tissée au fil des ans. C’était un homme naturellement bon, plein d’amour et d’humour.
Etant loin de nos familles et amis, nous avions l’habitude des raconter nos vies familiales, nos projets futurs, comme la destination finale était Kigali et Jimmy était la personne la mieux placée qui pouvait nous renseigner à propos de la vie à Kigali, de ses belles filles, ses loisirs car sa famille y vivait.
Nous qui rêvions de Kigali, Il aimait nous confier des belles photos de ses sœurs, ses cousines et amies en nous promettant de belles filles ; hélas normal on était jeunes, pleins des rêves et d’avenirs. Certaines de ces filles sont venues à Mulindi au fundraising en 1993, c’était le coup de foudres, la joie et la promesse de nous revoir ! , nous étions comblés comme on dit, depuis ce jour-là, nous craignions de mourir de peur de ne plus revoir ces belles créatures.
La triste histoire cher Camarade Jimmy ce qu’on craignait fût car ces belles filles de Kigali que tu nous promettais ont été toutes massacrées pour la simple raison qu’elles étaient Belles et Tutsi, en ce printemps d’avril je commémore en se souvenant d’eux à travers ce témoignage sur toi!
Camarade Jimmy je n’oublie jamais combien maintes fois j’ai eu des disputes avec mes supérieurs car je ne voulais pas leur donné mes albums photos rempli des belles filles de Kigali mais, en avançant sur les fronts de Nyamirambo les chances de le retrouver diminuaient, tous les rescapés qu’on a pu sauver à Nyamirambo nous disait qu’elles ont été massacrées chaque fois que je leurs donnais les noms des familles, plus tard j’apprendrai que ta sœur Carine Karambizi a survécu.
Permets moi Carine de parler au pluriel car ton frère pour nous était une star, il était très apprécié et avait beaucoup d’amis dont moi-même. Nous connaissions les noms des toutes les filles de Kigali et dès que nous y sommes arrivés avec des photos en nos mains, je demandais si quelqu’un connaissait la famille karambizi : Olive, Carine et Yvonne Shamukiga et tant d’autres mais malheureusement la réponse était souvent désastreuse, aucune de nos futures dames n’a survécu au Génocide à part la miraculeuse Carine Karambizi.
Grâce à l’insistance de ta sœur Carine Karambizi , sachant bien que tu ne pouvais avoir laissé que des actes des bravoures auxquelles bien des hommes pourraient venir puiser la sérénité héroïque, il est de mon devoir de témoigner auprès des tiens tes admirables qualités de simplicité, de foi, de vaillance, d’abnégation et de patriotisme qui font la grandeur et la fierté du Rwanda
Et voilà le Rwanda tel qu’il est aujourd’hui a été bâtit par les sacrifices des vaillants combattants dont j’ai eu honneur de faire l’éloge de l’un d’entre eux en la personne de Jimmy Karambizi dont l’héroïsme sera immortalisé « K’Umunsi w’Intwari ».
Je vous remercie
Rwigema Seka Emery, ton Camarade de 21eme Bataillon d’Infanterie