Un satellite tombé dans une zone reculée, un appareil de réseau internet mobile alimente les soupçons. Les Observateurs






Dans la nuit du 24 au 25 août, un objet mécanique, pris par beaucoup pour un satellite, a été retrouvé près de la ville de Buta, au nord de la République Démocratique du Congo. Des habitants ont relayé des images de l’objet mystérieux. En réalité, il s’agit d’une partie d’un ballon Loon, un dispositif qui fournit un réseau internet dans les zones rurales dans le monde.

L’objet a été retrouvé dans un champ près de la route reliant Kisangani à Buta, dans la province du Haut Uele au nord du pays. Des photos de l’objet, de nuit et de jour, ainsi qu’une vidéo, circulent sur les réseaux sociaux et dans la presse locale.

Cette vidéo a été tournée à Bulumakete, près de Buta, selon des médias locaux, entre 13h et 14h le 25 août. On y entend des personnes échanger en lingala, une langue batoune parlée en Afrique centrale : « Il y a un papier, dans le sachet, avec des consignes en anglais », dit l’une d’elles. 

L’incident a beaucoup intrigué habitants et internautes, qui échangent des théories  quant à sa nature et la raison de sa chute à Buta. Certains affirment que l’engin est un “satellite américain” qui espionne l’armée congolaise pour le profit du Rwanda. 

D’autres prétendent plutôt qu’il s’agit d’un satellite russe, en orbite depuis la fin des années 1990 et qui se serait écrasé en RDC, comme cet internaute qui donne même des détails sur ledit « satellite » :

Le « satellite » est en réalité la partie électronique du ballon Loon, un dispositif lancé par la société X, une branche de recherche d’Alphabet, la maison mère de Google. Le dispositif est créé pour parcourir des kilomètres et fournir un réseau internet sans fil dans des zones du monde qui n’y ont pas accès. Ce qui apparaît sur les images relayées sont les composants appelés payload (“charge utile” en français) et le bus (“système de communication” en français).

Captures d'écran du site de Loon.

Contacté par la rédaction des Observateurs, un porte-parole de Loon, Scott Coriell, précise que le ballon a bien atterri et n’est pas tombé par accident à Bulumakete. L’entreprise choisit de faire atterrir ses appareils afin d’étudier les données qu’ils ont récoltées au cours de leur voyages et vérifier s’ils fonctionnent correctement.

Loon a exécuté un atterrissage contrôlé de l'un de nos ballons stratosphériques dans cette région. Cet atterrissage a été effectué de manière sûre et sécurisée après coordination avec les responsables locaux du contrôle aérien. Il a été spécifiquement approuvé par l’Autorité de l’Aviation civile congolaise (ANAC). Conformément aux procédures d’atterrissage de Loon, un parachute s’est déployé et le ballon a été ramené au sol à une vitesse relativement faible dans une zone isolée. À aucun moment, cela n'a posé de risque pour la population locale.

Le porte-parole de Loon confirme également la trajectoire parcourue par le dispositif, établie par des internautes à partir du numéro du dispositif visible sur les images (116)  :

Ce ballon a été utilisé en service au Kenya. Il a entamé son voyage depuis le site de lancement à Porto Rico et est resté en altitude pendant 122 jours. Loon ne fournit pas internet en RDC. Étant donné que nos ballons opèrent dans le monde entier, nous atterrissons souvent dans des pays en dehors de ceux où nous fournissons actuellement des services. Nous avons demandé l’autorisation d'atterrissage pour cet appareil le 24 août, l’avons obtenue et nous avons coordonné au téléphone l’atterrissage avec l’Aviation civile à Kinshasa.

Cet internaute interessé par les ballons stratosphériques a suivi la trajectoire du ballon retrouvé près de Buta, portant le numéro de série « HBAL166 ». Il a parcouru près de 130 km, essentiellement au dessus du sud du continent africain.

Selon Scott Corell, une équipe de récupération de Loon est déjà sur place pour ramasser le ballon et ses composants.

Ces ballons sont composés de deux parties. La première connecte les utilisateurs à internet grâce à son antenne LTE et comporte des senseurs de surface, la seconde assure le pilotage du ballon. Le tout fonctionne grâce à des capteurs d’énergie solaire. Le Loon, précise la compagnie, ne fournit pas lui-même le réseau internet, mais capte les réseaux existants à partir des antennes relais dans une zone donnée, et les repartage à d’autres zones ayant des problèmes d’accès à internet au sol. Le ballon stratosphérique en lui-même, composé de polyéthylène, une matière synthétique, qui se dégonfle au moment de l’atterrissage.