Novembre, mois sans tabac, visait à inciter les fumeurs à arrêter le tabac pendant un mois complet et dans le Journal International de Médecine, un article sur: « Prise en charge de l’addiction au tabac : tous concernés ». Par Marie-France de Meuron






En fait, qui est le fumeur? En tant qu’individu avec un corps physique, affectif, mental et spirituel, il nous amène à nous poser la question car c’est l’ensemble de ses forces sous-jacentes qui vont animer son addiction ou alors l’inciter à la quitter et le guider pour ne plus l’entretenir.

Nous sommes effectivement quasi tous concernés, de près ou de loin, soit parce que nous fumons, soit parce qu’un proche fume, soit parce que nous sommes gênés par le fait que des ados de notre entourage s’y mettent et que nous ne savons pas trop comment intervenir, connaissant où cette découverte peut les mener. Un site décrit bien la situation des jeunes déjà accro au tabac.

Il y a deux voies très distinctes pour aborder le problème de la cigarette : S’intéresser à l’individu ou aborder sa propension à fumer. Le site addictutos.com l’exprime très bien par son objectif : « défi collectif du Moi(s) sans tabac« .

Ainsi, deux voies sont possibles : Partir du tabac pour aller vers le Moi, ou partir du Moi pour aborder le tabac.

D’accord, le mois de novembre est terminé mais c’est maintenant que la stimulation de l’opération sanitaire risque de diminuer et qu’il s’agit non seulement de consolider les acquis mais encore de continuer le processus de détachement de son addiction.

Je vais commencer par le deuxième mouvement : partir du Moi pour s’occuper du tabac. Autrement dit : focaliser sur le produit aspiré et le geste de fumer.

Plusieurs facteurs peuvent être pris en compte. La dynamique mentale est un outil de persuasion qui utilise différentes formules. Ainsi peut-on lire dans une pub: « J’ai arrêté de fumer, tu peux aussi ». Une telle assertion donne l’idée d’arrêter mais elle court-circuite tout le processus du retrait de l’addiction, qui est en fait l’oeuvre la plus dense à créer, sous peine de rechute(s)!

Il y a aussi les démarches d’hypnothérapies ou de suggestopédie. Elles peuvent détourner tout le côté affectif qui entretient l’addiction, dont le thérapeute peut toutefois prendre soin avec d’autres méthodes qu’il pratique.

Dans cet esprit de conditionner les neurones cérébraux, il y a aussi l’IA pour arrêter de fumer! On lui confie la mission de déprogrammer l’impact de l’environnement sur le fumeur, selon le lieu et l’ambiance des objets ou images, sources d’inspiration.

Un autre facteur qu’on n’évoque que dans certains milieux peut être à l’origine de ce besoin de mettre une cigarette en bouche : la lolette! Cette habitude dès les premiers mois à mettre une tétine dans la bouche d’un bébé crée un besoin artificiel. De plus, si on la lui enfile dès qu’il exprime un besoin, ce geste lui donne l’habitude d’éprouver un soulagement avec un objet dans la bouche. Plus tard, on le calme avec des bonbons ou du chewing-gum. Ainsi, le réflexe s’installera surtout s’il a été instauré systématiquement et machinalement.

La technoscience s’est bien lancée dans le sujet du remplacement de la cigarette classique par la e-cigarette où la fumée est remplacée par de la vapeur. Le fait de changer de système permet de se désaccrocher du précédent mais les produits ont été vite complexifiés pour créer de sérieux effets; ou alors le tabac a franchement été éliminé au profit d’autres composants encore plus toxiques pouvant entraîner la mort. Pour certains fumeurs, la vapeur des e-cigarettes peut  traverser la bouche sans que le sens du goût puisse aviser de la dimension néfaste du  produit. De plus la température stimule l’inflammation bronchique.

A signaler aussi que les produits issus du vapotage peuvent léser également le système cardio-vasculaire par le stress oxydatif et les particules fines. Il faut tenir compte que « des produits inertes lorsqu’ils sont ingérés par voie orale, n’ont pas les mêmes effets lorsqu’ils sont inhalés ». De plus, « M. Nicholas Buchanan, de l’Ohio State University a déclaré : « la recherche sur les animaux montre des effets négatifs sur le développement de la progéniture ». Cette observation laisse des suspicions sur le vapotage des femmes enceintes.

En outre, avec les recharges de liquides à vapoter, des dealers se sont emparés du marché avec plus ou moins de conscience de la toxicité des produits et de leurs pouvoirs létaux.

Comment l’industrie du tabac peut-elle s’y retrouver face à ces nouveaux produits? Evidemment, en créant les siens! Ainsi, un des cigarettiers se focalise sur le tabac à chauffer. On y grignote l’avantage qu‘une cigarette classique brûle à une température comprise entre 800 et 900 degrés alors que le tabac à chauffer est porté à une température de 300 à 350 degrés (Google).

Il est possible de s’intéresser au tabac en soi pour comprendre quelle en est sa nature plutôt que ce que la cigarette représente comme symbole pour la population. Certains l’ont fait et se sont mis à rouler leurs cigarettes eux-mêmes. Ce geste leur permet d’avoir un ressenti tactile direct avec la plante. De plus, leur sens olfactif leur fait découvrir les caractéristiques d’un tabac bio. En le fumant, il y a de fortes chances d’éprouver moins de symptômes irritatifs. Plusieurs ont pu tester la différence lorsque, à court de tabac bio, ils se remirent à fumer des cigarettes du commerce.

Nous voyons ainsi que le sujet de la cigarette couvre des réseaux très variés avec de nombreuses ramifications. Pour l’attaquer dans sa densité, on ne peut pas le réduire à un concept bien délimité tel que « le tabac » en réduisant le problème à une plante, ou à un article « la cigarette » ou encore à un ensemble de citoyens uniformisés « les fumeurs ». Une telle appellation permet un gros titre : « les fumeurs coûtent 5 milliards par année », répartis entre les cancers, les maladies cardiovasculaires  et les maladies pulmonaires et respiratoires. Alors on en arrive à la déduction que  la réduction du tabagisme doit être la principale priorité de la politique de la santé. Les grands organismes concernés proposent des études, des actions, des règlements, etc mais s’occupent-ils vraiment des caractéristiques des individus qui ont besoin de fumer – à ne pas confondre avec les modes même de fonctionner des personnes qui fument –  très variables et très complexes? Un tel changement de paradigme permettrait d’apporter de réelles mutations aux processus en jeu et d’accompagner plus efficacement ceux qui désirent arrêter mais n’y parviennent pas.

Quel regard le fumeur a-t-il sur lui? Quelle relation a-t-il avec son geste? Vers quoi ou vers où se dirige sa pensée quand il s’octroie une cigarette? Ces questions ont pour but de lui permettre d’entrer en contact avec des dimensions de lui dont il n’a pas conscience. Ou alors il croit « savoir que » mais n’accède pas à l’essentiel de ce qui se cache plus à l’intérieur d’un élément perçu.

A quoi donne-t-il de l’importance dans l’existence? Quand on veut « à tout prix » parvenir à quelque chose, on est près à faire des sacrifices, par exemple en tenant le coup en fumant pour préparer des examens ou assumer un job exigeant. Toutefois, quand il s’agit de sacrifices au prix de sa santé, on doit avoir des doutes sur l’investissement effectué.

Chacun sait que « la santé est un trésor qui les contient tous ». Ou encore, selon Edmé François Pierre Chauvot de Beauchêne : « La santé est le trésor le plus précieux et le plus facile à perdre; c’est cependant le plus mal gardé ». Comment se fait-il qu’on ait pareillement perdu la perception de cette valeur? Pourquoi a-t-on remplacé l’objet de son estime d’une valeur essentielle avec une valeur partielle? En se posant la question, le fumeur peut alors prendre conscience de ce qu’il a escamoté de beau en lui, au profit d’avantages partiels ou éphémères.

Retrouver sa confiance en lui permet au fumeur de s’octroyer des bienfaits qui se multiplient et non qui le diminuent.