Popularisé par l’énorme succès de son roman "Petit Pays", l’écrivain chanteur porte avec une incroyable force les vertus du métissage sur son magnifique album "Rythmes et Botanique" à découvrir sans faute ce vendredi 3 août au Festival Esperanzah ! Entretien François Colinet






Gaël Faye à Esperanzah ? La proposition coule sous le sens tellement cet homme porte dans son œuvre les valeurs du rendez-vous floreffois. Enfant du Burundi arrivé ensuite en France, il y taille sa plume et laisse grandir ses envies d’écritures multiformes. Après "Petit pays", roman au succès public et critique, il a sorti "Rythmes et Botanique", un disque qui percute et transmet une énergie communicative, pour construire un monde qui se nourrit de l’hybridité de chaque être humain comme nous l’écrivions en mai dernier lors de son passage au Botanique. Rencontre avec un homme en perpétuelle quête de sens…

« A vouloir vivre, on peut finir par exister » chantez-vous sur votre album « Rythmes et Botanique ». La question du destin et de ce que l’on décide d’en faire y est centrale. Comment cela fait-il écho à votre histoire personnelle ?

Cela résonne évidemment à plusieurs niveaux. En tant qu’enfant métisse, j’ai toujours ressenti cette dichotomie, cette sorte d’injonction qui voulait que je sois divisé à 50/50 alors que je veux être tout à la fois, je ne veux pas avoir a choisir ! Le métisse, c’est celui qui accepte son hybridité, qui essaie de faire une synthèse des courants qui le traversent et qui tente de l’accepter. Ce n’est pas toujours simple parce que plein de choses ou d’attitudes me rappellent constamment ma singularité. Malgré l’illusion d’ouverture de ce monde connecté où règnent les réseaux sociaux, on reste dans un monde très compartimenté.
Devenir maître de son destin, cela se marque aussi par des choix, guidés par la recherche de sens. Par pression sociale et par peur du chômage, j’ai fait des études sans passion et j’ai travaillé dans la finance pendant quelques années. Seulement, le confort c’est bien, mais le sens c’est mieux ! Être artiste c’est un combat, un travail de questionnement permanent !

Un destin qui vous amène à poser, pour l’instant, vos valises au Rwanda…

Je vis à Kigali pour continuer cette quête de sens, pour aller à la rencontre d’une partie de moi-même que j’ignorais. Je n’avais jamais vécu au Rwanda. Je voulais le connaitre de l’intérieur, être ancré dans le pays pour le ressentir autrement que par le prisme du génocide ou celui du récit familial. Pour moi, être métisse, c’est aussi vivre dans plusieurs endroits à la fois.
Gaël Faye, qui donne du sens au destin… - © Tous droits réservés

Un chemin métissé entre la France, le Rwanda, le Burundi. Pourtant, vos chansons ont la force de celles qui peuvent trouver un sens dans la vie de chacun…

Je l’espère en tout cas car c’est un jeu collectif. Je pars de mon expérience, mais je n’écris jamais une chanson qui serait un journal intime. Il faut qu’elle ait une résonance pour un autre que je ne connais pas. Le rôle d’un artiste, c’est aussi d’être ancré dans son époque. Le verbe doit porter quelque chose. Avant de monter sur scène, je me demande chaque fois pourquoi ai-je le droit de prendre 1h30 de la vie des gens et d’avoir le privilège de m’exprimer avec autant d’échos? Cette question de la légitimité est importante pour moi. J’espère que mon discours, mes chansons, mes livres nourrissent les autres.

Le succès fulgurant de votre premier roman "Petit Pays" vous donne-t-il justement le sentiment d‘être plus légitime ?

Le succès n’a rien à voir avec la légitimité, le travail déjà accompli non plus d’ailleurs ! Je doute tout le temps, je lutte constamment avec l’impression que je n’y arriverai jamais. La tentation de la dépression me guette en permanence. Mais c’est aussi mon moteur !
J’ai toujours écrit sous de multiples formes. L’écriture est mon hygiène quotidienne. Le succès de « Petit pays » a été complètement inattendu. Personne ne peut prévoir ça. Mais, c’est juste un autre format. J’avais beaucoup trop à dire, le format d’une chanson est trop court pour la complexité du propos mais j’avais déjà évoqué le métissage et le génocide dans plusieurs chansons. En fait, le roman et les disques se répondent il offre des références qui permettent de mieux comprendre les chansons.

Sur scène aussi, vos influences se mélangent constamment…

Ma vie d’artiste est aussi le résultat d’hybridité d’influences. J’ai grandi entre les codes du rap, la créativité des hip-hop et l’amour de la « grande » chanson française. Sur scène, je n’arrive pas à me contenter uniquement des machines. J’ai besoin des instruments et du partage physique avec un musicien, besoin de la chaleur de la musique organique à coté des samples et des machines pour partager ces différentes énergies avec le public.