DIASPORA : Les Mamans du Monde Réunies Pour Concilier Maternité et Multiculturalité

Ossina Gomez-Itoua, fondatrice de Once Upon a Time, un site sur la maternité multiculturelle à paraître bientôt, nous dévoile la genèse de son projet. Une plateforme en passe de devenir un outil de référence pour concilier maternité et diversité culturelle. Par Eva Sauphie



Comment transmettre à ses enfants sa culture d’origine et celle de son conjoint ou époux quand on vit dans un pays d’accueil ? Et comment concilier maternité et multiculturalité ? C’est pour répondre à ces questions qui traversent de nombreuses familles métissées que la Congolaise installée à Paris, Ossina Gomez-Itoua, 34 ans et maman d’un petit Wesley de 2 ans 1/2, s’apprête à lancer Once Upon a time. Cette plateforme – à paraître en ligne d’ici une quinzaine de jours – hébergera une série de portraits vidéo de familles multiculturelles, baptisée « Mamans du monde ». La créatrice du blog a d’ores et déjà collecté une belle galerie de témoignages couvrant les cinq continents !
Sur fond de témoignages et de conseils, ces mamans venues d’ici et d’ailleurs partageront leurs expériences, les outils qu’elles utilisent au quotidien et leurs bons plans pour aider leurs petits à vivre leur double, voire triple (!), culture avec confiance et amour. Le moyen pour eux de s’éveiller culturellement et de s’intégrer à l’école en étant en phase avec leur identité multiple. A l’heure d’Internet et de l’éclatement des frontières géographiques virtuelles, Ossina a trouvé le bon créneau pour fédérer toutes ces mamans du monde autour d’une communauté basée sur l’entre-aide et le partage.
Comment vous est venue l’idée de créer Once Upon a Time et la capsule vidéo « Mamans du monde » ?
Mon mari et moi venons tous les deux du Congo, mais de régions différentes. La maternité n’est pas abordée de la même façon. L’arrivée de notre fils a donc fait jaillir des différences culturelles. En outre, mon fils est né à Paris. Tandis que moi, qui suis née au Congo, j’ai grandi avec d’autres repères, dans un autre environnement. Je me suis tout de suite posée la question de la transmission et de l’équilibre à installer entre l’héritage culturel et la culture française, celle qui incarne le quotidien. Puis, je me suis rendue compte que mon entourage était constitué de familles issues d’un brassage culturel. J’ai pu observer les méthodes des mamans qui m’entouraient, leurs façons de transmettre à leurs enfants cette double culture, par les voyages, les lectures, ateliers etc.
A travers ce projet, je souhaiterais que les enfants grandissent avec ce sentiment de fierté, et cette conscience qu’ils ont quelque chose à apporter.
Quel est le profil de ces mamans du monde, qui semblent d’après la vidéo teaser, issues de la génération Y ?
Notre génération est différente de celle de nos parents qui ont migré en Europe. J’ai été très surprise des parcours de certaines familles, lesquelles sont très fières de leurs origines. Ces mamans sont pleines de ressources et insufflent toutes leurs sources d’inspirations pour s’ouvrir les unes les autres avec générosité. Dans certaines familles, les parents parlent deux langues et se nourrissent de cette diversité culturelle.
Chacune des mamans rencontrée a une vie active, aussi bien professionnellement qu’à la maison. Elles ont une carrière et cette volonté d’éduquer culturellement leurs enfants. Parmi les profils, j’ai une maman juriste qui a des horaires dingues, mais qui a mis en place un planning avec son mari pour dégager du temps pour les sorties avec les enfants – musées, concerts, pièces de théâtre etc. Ces mères sont d’autant plus actives que leur organisation demande de vrais efforts.
Les familles moins privilégiées vont-elles se retrouver à travers le projet ?
Oui, parce que la communauté que nous constituons sur Instagram et Facebook, se partage aussi les bons plans, notamment pour les vacances. On va créer une rubrique dédiée où les mamans partageront leurs activités coups de cœur dans différents pays, des idées de sorties, loisirs, livres, spectacles musicaux etc. Les mamans étaient en attente d’un tel projet. J’ai des retours très positifs. Elles veulent s’inspirer les unes les autres. Toutes les familles se retrouveront également via notre rubrique « Les professionnels du monde des tout-petits », qui apportera des outils pédagogiques via des interviews d’experts de la petite enfance intégrant la dimension multiculturelle dans la pratique de leur métier.
En tant que maman d’un enfant issu d’une famille multiculturelle, quelles méthodes mettez-vous personnellement en place pour lui transmettre votre culture ?
Pour moi la culture est le principal outil. Je ne parle hélas pas ma langue maternelle, du coup, je la transmets à mon enfant à travers la musique. Très tôt, je lui ai chanté des berceuses dans ma langue. La transmission passe également par les voyages. Avec mon mari, on essaie de retourner au Congo dès que l’on peut pour que notre enfant s’imprègne de la culture le plus localement possible, grâce – notamment – à la présence de ma grand-mère là-bas.
En France, la cellule familiale se résume à la maman, au papa et aux enfants. Tandis qu’en Afrique, il y a la grande famille. La vie de famille est rythmée par les célébrations, les réunions, qui permettent aux enfants de s’enrichir et de s’imprégner de leur culture d’origine. Je compte donc aussi sur les grands-parents, parce que la transmission passe aussi par eux. Avec mon époux, on n’attend pas nécessairement les grandes fêtes, mais on trouve des prétextes pour se rassembler, avec les cousins, les oncles et les tantes.
Évidemment, les lectures y sont aussi pour beaucoup dans la transmission. Et pourtant, ce n’est pas une mince affaire lorsque l’on est Africains, dans la mesure où la littérature jeunesse en France résume souvent l’Afrique à un pays. Allez transmettre votre culture à votre enfant avec ça ! Heureusement, je travaille dans un environnement culturel où j’ai la chance de rencontrer des auteurs qui font le travail.
En attendant l’ouverture du site, rendez-vous sur la page Facebook de Once Upon a time et sur le compte Instagram.