«Quand on écrit, on est porté par des épaules plus grandes que nous. Il faut insister pour qu'à notre tour, nous en portions de plus petites.» C'est par ces mots débordants d'humilité que Gaël Faye terminait sa causerie, mercredi soir à l'Astrolabe, devant une soixantaine d'auditeurs sous le charme. Par La Dépêche du Midi



Gaël Faye à la médiathèque devant un parterre de tout âge.

 

Cet artiste qui casse les codes n'est pas seulement un écrivain de talent, il est aussi poète, musicien, chanteur et conteur à la fois. Pour se définir, il dit de lui-même qu'il est un «bordel chromosomique».

Né au Burundi d'une mère rwandaise et d'un père francais, c'est en arrivant en France qu'il perd son insouciance : «Le Burundi était mon pays, ce qui me semblait normal jusqu'à la guerre. En arrivant en France à Oyonnax, tout était à refaire : avec ma peau café au lait, j'étais un noir, alors qu'en Afrique on me traitait de blanc. Je ne savais plus qui j'étais !»

Alors, il écrit, car l'écriture est une serpillière : «Je frotte, j'essuie, je ramasse tout, et le seau devient mon livre.»

Quand Grasset lui propose de l'éditer, il saisit l'opportunité de revenir sur ses années de bonheur et de peine : «On a trop décrit le conflit rwandais comme des haines ancestrales entre deux clans. C'est faux. Mon roman Petit Pays l'explique autrement. Je l'ai volontairement édulcoré pour que n'importe qui puisse le lire et le comprendre. C'était pour moi un point d'honneur. La violence était tellement frontale qu'il était impossible pour moi de la retranscrire.»

Plus tard sur la scène de l'Astrolabe, Gaël Faye accompagné de son guitariste Samuel Kamanzi, revient sur son parcours, l'enfance au Burundi, ses parents séparés : «Ils n'ont pas partagé leurs rêves, seulement leurs illusions.» Sa correspondance en CM2 avec Laure la petite Française aux yeux verts : «Plus tard je veux être mécanicien pour pouvoir tout réparer dans la vie…» Sa découverte du Paris de Barbès, «Paris la France, Paris sans thune, Paris souffrance, Paris métèque». Son incompréhension au moment du génocide, «quand le Tutsi devient gibier». Jusqu'aux jours de glace et de neige, «quand les chiens se tairont».

Un spectacle enchanteur, émouvant, oppressant, mais d'une humanité tellement déchirante.