Dieuveil Malonga, chef d'origine congolaise, a choisi Kigali pour ouvrir son premier restaurant, « Le Meza Malonga », avec un concept clair : réinventer la gastronomie africaine contemporaine et mettre en valeur les produits du terroir rwandais. Par Laure Broulard





Dieuveil Malonga (à gauche) va chercher ses produits frais avec ses apprentis chefs dans la région des lacs jumeaux, au Rwanda. RFI/Laure Broulard

 

 

C’est aux Lacs Jumeaux, à une centaine de kilomètre au nord de Kigali que, deux fois par mois, Dieuveil Malonga, l'étoile montante de la cuisine afro-fusion, emmène les cinq jeunes chefs rwandais qu’il forme dans sa cuisine. Aujourd’hui, ils pêchent les écrevisses au lac Ruhondo. Il met un point d’honneur à emmener ses apprentis avec lui. « C’est très important pour moi d’amener les chefs que je forme ici à la pêche parce que, premièrement, c’est le respect du produit. Ils doivent comprendre que derrière les produits qu’on a dans le restaurant, il y a un travail et une histoire », dit-il, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, quand on parle d’un bon plat, c’est d’abord le produit. C’est aussi de donner de l’émotion. Et pour donner de l’émotion, il faut comprendre la base », soutient Dieuveil.

Leila, 23 ans, est entrée dans l’équipe il y a quelques semaines. Pour elle, c’est une découverte. « Les écrevisses franchement, je pensais que c’était seulement dans la mer, mais jamais dans un lac. » Elle tente une démonstration. « On attrape d’abord par le dos, on prend les deux pincettes, et on essaye de casser. » Le geste n’est pas encore assuré, et ses comparses rient de bon cœur avec elle. Écrevisses, fruits, légumes, viandes… tous les produits frais sont achetés auprès de petits producteurs locaux puis mis en valeurs avec des épices venant de tout le continent.

Laboratoire culinaire

Après avoir travaillé dans plusieurs restaurants étoilés en Europe et fait un passage dans l’émission Top Chef en France, Dieuveil Malonga s’est récemment installé dans la capitale rwandaise. Il nous fait visiter son établissement, le Meza Malonga, qu’il appelle volontiers le « labo culinaire ». « Ici, on fait beaucoup d’expériences. On ramène des épices qui viennent de plusieurs pays d’Afrique », justifie-t-il, puis d’indiquer : « Là, on a du djansang qui vient du Cameroun, de l’hirondelle du Gabon, des champignons séchés rwandais, des feuilles de curry de Tanzanie, du piment ougandais. »

Un menu unique comprenant six plats pour environ 50 euros, le tout arrosé de vins français ou de rhum arrangé, le Meza Malonga cible surtout les riches touristes de passage à Kigali. Si le concept fonctionne, Dieuveil Malonga espère ouvrir une dizaine d’enseignes de ce type dans d’autres villes africaines, afin de populariser la gastronomie africaine contemporaine.