Un bon et utile briefing des agences ivoiriennes de voyage au sujet du Pays de Mille Collines. Fraternité Matin




A l’initiative de sa compagnie aérienne nationale, RwandAir, une dizaine d’agences ivoiriennes de voyage, se sont imprégnées du potentiel touristique du pays des « Milles collines », du 30 janvier au 2 février.

Le Rwanda, encore surnommé pays des « Mille collines »,  ne cesse depuis quelques années de faire les gros titres de l’actualité africaine. Et cela, loin des clichés réducteurs de l’histoire tragique qui l’a endeuillé dans les années 1990 mais, plutôt, pour ses prouesses économiques qui font de ce pays du Bassin du Congo, un des modèles de développement en Afrique subsaharienne. Avec comme l’un de ses piliers : le tourisme.

Pour en donner la pleine mesure, loin d’une réputation surfaite, la compagnie aérienne RwandAir, tout en voulant renforcer l’axe Abidjan/Kigali, a convié le Top 10 des agences de voyages ivoiriennes, sous la houlette de leur organisation patronale, le Syndicat des agences de voyages d’affaires (Sava-Ci), présidé par Mme Marie-Reine Koné, à effectuer un Eductour à Kigali et ses environs, du 30 janvier au 2 février. Une expérience unique qui a permis aux opérateurs ivoiriens du voyage de vivre, in situ, l’essor du tourisme rwandais en l’espace d’un quart de siècle qui a fait passer le pays d’un Etat sinistré à un leadership continental. Avec comme triptyque gagnant : devoir de mémoire, respect de l’environnement et émergence tous azimuts.

Kigali : une ville émergente dans un écrin de verdure

Au départ d’Abidjan, sous la houlette de Mme Kany Kouassi Yao, directrice-pays pour la Côte d’Ivoire de RwandAir, bien des 10 « explorateurs » ivoiriens étaient loin de s’imaginer, après un périple de près de 9h, avec des escales à Cotonou (Bénin), le hub sous-régional de la compagnie où il changèrent d’aéronef, et Libreville (Gabon), que leur fatigue serait très vite dissipée, sous le charme de Kigali-la-capitale !

Construite à flancs de collines, même (et surtout) dans la nuit, la ville dévoile tout son lustre à l’aune de ses édifices flambants neufs, ses coquettes demeures, ses rues et avenues baignant dans une propreté à nulle autre pareille sur le continent voire ailleurs. Faut-il le rappeler, le Rwanda, en forme longue la république du Rwanda, en kinyarwanda Repubulika y'u Rwanda, est un pays d'Afrique de l'Est. Il étend ses 26 338 km 2 dans la région des Grands Lacs. Il partage des frontières avec, au nord, l'Ouganda, à l'est, la Tanzanie, au sud, le Burundi, et à l'ouest, la République démocratique du Congo. Sa capitale Kigali est située au centre du pays. Kigali, avec son près d’1,2 million d’habitants, représente 1/10e de la population globale du pays.

De l’aéroport international hyper-sécurisé sis à Kanombe, dans la banlieue est de la  capitale, à Lemigo Hôtel, un 4 étoiles, la base des excursionnistes ivoiriens, situé à 300 mètres du Programme international de protection des gorilles, ce sont environ 10 minutes de trajet qu’il faut pour boucler les quelque 5 kms, le temps de s’émerveiller de quelques illuminations permanentes d’immeubles et monuments de la ville, sous la guidance de Tony, un agent de RwandAir, fort sympathique, du reste tout le long de l’Eductour.

Pour piqûre de rappel, notons qu’un Eductour est un terme technique utilisé par les professionnels du tourisme. Il s'agit de voyages ou de circuits de promotion et d'information réalisés par les fabricants de voyages et proposés gratuitement aux agences de voyages et tour-opérateurs.

Le tourisme de mémoire se conjugue au présent avec l’art

C’est le Rwanda Art Museum, mitoyen de l’aéroport, qui nous accueille, tôt dans la matinée, au lendemain de notre arrivée. S’il est vrai qu’il est l’unique musée d’art contemporain du pays qui accueille actuellement une double expo d’arts visuels d’artistes du monde entier, et une de design et textiles rwando-germanique, il est tout aussi vrai qu’il porte la forte charge symbolique d’exorciser les affres du passé par la force cathartique de l’art.

En effet, ce musée n’est autre que  la résidence historique qui a abrité autrefois deux anciens Présidents rwandais, Juvénal Habyarimana qui y a vécu jusqu’en 1994, et Pasteur Bizimungu qui y vécu de 1994 à 2000. On y voit, entre autres images-fortes, en effet, l’épave de l’avion qui transportait notamment le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira. Par devoir de mémoire, rappelons que le 6 avril 1994, en fin de journée, le président Juvénal Habyarimana rentre à Kigali à bord de son avion personnel, un Falcon 50, immatriculé 9XR-NN, offert par la France et piloté par un équipage français. Il revient d'une rencontre régionale à Dar es Salam en Tanzanie où il a accepté de mettre en place les institutions de transition prévues par les accords d'Arusha qui ont mis un terme à la guerre civile rwandaise en 1993.

Juste avant de décoller, il a proposé au président burundais Cyprien Ntaryamira, dont l'avion est en maintenance, de l'accompagner, et de lui prêter son avion jusqu'à Bujumbura. D'après l'audition de François Léotard devant les députés français, le président Mobutu Sese Seko aurait dû se trouver à cette rencontre régionale, mais aurait refusé de venir au dernier moment. Outre les présidents rwandais et burundais, l'avion transportait des dignitaires du régime rwandais, dont le chef d'état-major des Forces armées rwandaises, le général Deogratias Nsabimana. En phase d'atterrissage à Kigali, à 20 h 27, deux missiles sont tirés sur l'avion depuis le camp militaire de Kanombe ou depuis la colline de Masaka, selon les versions les plus communément acceptées. L'avion est touché et s'écrase non loin de l'aéroport, en partie sur le terrain de la résidence présidentielle. Il n'y a aucun survivant.

Le musée Richard Kandt : de la pré-colonisation aux soleils des indépendances

Après l’ex-palais-musée, c’est un nouveau musée, consacré cette fois à l’histoire naturelle, qui accueille les « touristes » ivoiriens. Il se trouve dans la demeure de Richard Kandt qui a fondé Kigali en 1907. Une partie de la demeure est consacrée à l’histoire de Kandt au gré de ses rencontres printanières avec les peuples et monarques locaux, tandis que l’autre s’adresse aux amateurs de faune et de flore et présente des espèces locales.

Des péripéties pré-coloniales et contours obscures du Congrès de Berlin, en passant par les guerres 1914/1918 et 1939/1945, qui ont fait voguer le Rwanda entre Allemands, Français, Belges et Britanniques, sous le joug colonial, à l’indépendance, en 1962, des photos et autres objets sont à découvrir. Avec en sus, des minéraux et autres roches volcaniques. Sur la terrasse, on peut admirer une très belle vue sur les vallées situées au nord de la ville, ainsi que la galerie des serpents en contrebas.

Mémorial du génocide : savoir pour pardonner et se réconcilier

Le Mémorial du Génocide de Kigali, Kigali, Rwanda, commémore le génocide Rwandais en 1994. Les restes de plus de 250 000 personnes sur plus de 1 million de morts sont enterrés là. Il y a un centre d'accueil pour les étudiants et les personnes qui souhaitent comprendre les événements qui ont conduit aux événements de 1994. Commençons cette visite de Kigali au Rwanda par une partie sombre de son histoire.

Ce mémorial a été fondé pour rappeler que le génocide rwandais qui n’a pourtant duré que 3 mois a tué environ 1 million de personnes, majoritairement des Tutsis, selon l’Onu. Le visiter permet de mieux comprendre les événements qui ont conduit à ce génocide et de découvrir nombre de documents relatant son histoire. Un espace à l’étage présente trois expositions permanentes liées aux autres génocides perpétrés dans le monde, tandis qu’un mémorial est consacré aux enfants tués durant le génocide rwandais de 1994. Une visite un peu dure mais très enrichissante.

Au-delà ce pan de l’Eductour qui devrait renforcer les valeurs humanistes qui fondent le Rwanda nouveau, sous la férule du Président Paul Kagamé, c’est à la protection et à la préservation de la nature que va être constitué le jamboree suivant. Cap sur le Parc national de l'Akagera.

Parc d’Akagera : bienvenue dans un safari sur mesure

Le parc national de l’Akagera, est un parc de 1 122 km2 du nord-est du Rwanda près de la frontière avec la Tanzanie. C’est très tôt dans un brouillard matinal avec une température avoisinant les 17°, que les voyagistes ivoiriens mettent le cap sur ladite destination. Après une centaine de kilomètres, escale à Kayonza où le bitume est en réfection, bifurcation pour la localité de Nyamirana à 65 km puis 37 bornes d’une piste poussiéreuse pour atteindre l’Eden d’Akagera.

Le parc a été créé en 1934 dans le but de protéger les animaux de la savane, des montagnes et des marais. Les lacs Shakani et Ihema sont situés dans le parc. Le parc tient son nom de la rivière Kagera qui le traverse. L’Akagera offre une concentration surprenante d’espèces et de reliefs sur un tout petit territoire. Le Rwanda veut maintenant en faire une destination touristique de choix pour les amateurs de safaris du monde entier.

Le parc de l’Akagera, faut-il le noter avec emphase, revient de loin. Il faut savoir que les lions et les rhinocéros, exterminés au cours des dernières décennies, ont été réintroduits à coups de millions de dollars depuis trois ans, à en croire Vincent, notre guide polyglotte. Le parc, à l’en croire, compte maintenant 22 lions. Logiquement, ce nombre devrait augmenter au cours des prochaines années, assure-t-il. Même chose pour les quelques rares rhinocéros. Une grande partie de la savane du parc a été aménagée dans la fin des années 1990 pour accueillir les réfugiés de la guerre civile rwandaise.

Les animaux ont quitté la région durant les conflits mais sont de retour depuis. La clôture électrifiée et un mangement pragmatique ont permis aux agriculteurs et éleveurs alentours, de voir leurs cultures et bétails protégés, d’une part, et d’autre part, au sein du parc, l’écosystème se pérenniser de façon naturelle.

Même s’il nous a pas été possible de voir et sentir le maximum d’espèces, il demeure l’extase, entre les collines rocailleuses, les savanes herbeuse et arborée, de rencontrer quelques espèces originales, comme l’oribi ou le topi, mais aussi des centaines d’oiseaux ainsi que les incontournables: éléphants (dont nous n’avons pu que voir les empreintes et fientes), buffles, girafes, zèbres… Toutes viennent s’abreuver au bord de la rivière Akagera, qui serpente sereinement entre les lacs. Pour mieux les observer, il est même possible, selon notre guide, de se laisser aller à un tour en bateau sur le lac Ihema.

Kigali, de jour comme de nuit, un émerveillement permanent !

Cette immersion dans l’histoire, récente comme multiséculaire du Rwanda, ainsi que dans sa faune et sa flore, ne saurait faire oublier que le Rwanda, notamment sa capitale Kigali, est un incubateur à ciel ouvert d’un pays émergent. Mais aussi que le développement tant quêté par les pays africains va de pair avec un état d’esprit et une discipline conséquents.

Des marchés couverts ou ouverts, aux nombreux malls, en passant par les hôtels, les administrations et autres édifices ouverts aux publics, à l’instar du Kigali Convention Center, mitoyen et géré par le Radisson Blu Hôtel. Qui constitue le nec plus ultra pour les grandes conférences internationales, les salons et expositions d’envergure et autres rendez-vous festifs en tous genres de son dôme lumineux et irisé, il donne un cachet de fête à la nuit de Kigali. Kigali by night, c’est un chapelet d’activités, entre arts, culture et gastronomie, mais nous n’évoquerons que ce dîner-spectacle au penthouse du complexe hôtelier Ubumwe Grande, dans le bien-nommé restaurant le Rooftop rendez-vous bar, culminant au 11e étage avec sa piscine panoramique. Au menu, outre des plats typiques et classiques, au niveau musical, un répertoire ivoirien qui fut plus qu’enchanté et…enchanteur.

Alpha Blondy, Monique Séka, entre autres artistes ont vu leur répertoire revisité par l’orchestre-maison, fort inspiré. Des mélodies qui résonnent encore en écho comme un appel à renforcer l’axe touristique ivoiro-rwandais, pour l’essor mutuel des deux pays.

Des clés pour comprendre « La ville la plus propre d’Afrique »

En évoquant la success-story, au plan touristique, du Rwanda, l’on ne saurait omettre d’évoquer sa stabilité politique sur fond de réconciliation et d’une vision économique globale commune partagée par tout un peuple, impulsée par le Président Kagamé. A cet égard, la devise ivoirienne, Union-Discipline-Travail, sied au leitmotiv rwandais, la devise : « Ubumwe - Umurimo - Gukunda igihugu » (« Unité - Travail - Patriotisme »).

Serait-ce la seule clé pour expliquer l’essor prodigieux, en l’espace d’un quart de siècle après la parenthèse ensanglantée du génocide, pour en arriver à la concrétisation de l’émergence incarnée par la « Vision 2020 » ?

La désormais mythique propreté rwandaise et son essor sont-ils liés au fait que le pays est le leader mondial en matière de parité homme/femme ? Ou, mieux que le leadership féminin est très poussé ? Avec à la clé, la récente élection de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, comme Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Ou encore Yvonne Manzi Makolo, Pdg de RwandAir. Oui mais pas que.

Aujourd’hui, le Rwanda, en effet, est présenté par les bailleurs de la communauté internationale comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique avec une croissance qui atteint presque les 10% depuis 2001. Mais ce qui caractérise ce pays, c’est qu’il a décidé depuis une décennie de faire de l’industrie touristique un point fort de son développement économique.

Afin d’attirer les touristes dans ses parcs pour l’observation des gorilles et d’autres primates, qui sont l’attraction principale des touristes, le pays met en avant son climat agréable ainsi que la propreté, la sécurité et les progrès de l’aménagement de Kigali qui compte aujourd’hui plus de 8000 chambres d’hôtel (il ne possédait que 600 chambres en 2003). L’Onu a déclaré Kigali, la capitale du Rwanda, comme la « ville la plus propre d’Afrique» pour la troisième année consécutive. Sans oublier que depuis 2004, le Rwanda a strictement interdit la production, l’importation comme l’utilisation de sacs en plastique. Depuis, le pays n’a pas dévié de cette ligne. Bien décidé à devenir un modèle en matière de respect de l’environnement en Afrique, le pays des mille collines a été l’un des premiers au monde à bannir le plastique qui pollue les paysages, l’air, les rivières et les océans.

Selon le Conseil du développement du Rwanda, le secteur rwandais du tourisme a généré quatre 438 millions de dollars (soit environ 220 milliards de FCFA) en 2017, contre 404 millions l’année précédente. Le Rwanda a fait le choix d’encourager le tourisme haut de gamme et s’efforce de séduire les touristes à fort pouvoir d’achat des pays riches. Et pour attirer de plus en plus de touristes, africains surtout, il est devenu, depuis 2018, un pays sans barrière dans la circulation des personnes. Ainsi qu’en avait décidé le gouvernement rwandais, un nouveau régime des visas est entré en vigueur au pays des mille collines.

Ce nouveau régime prévoit l’attribution de visa à l’arrivée à tous les citoyens du monde pour les voyages n’excédant pas les 30 jours. Bien entendu, les ressortissants de pays ayant des accords de réciprocité d’exemption de visa avec le Rwanda peuvent s’y rendre sans visa en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, ainsi que l’ont exprimé les Présidents Alassane Ouattara et Paul Kagamé, en décembre dernier, le processus est en cours. Cela signifie que tous les citoyens du monde, dont les Ivoiriens, peuvent aller au Rwanda sans aucune formalité préalable au niveau des services consulaires rwandais dans leur pays.

Cerise sur le gâteau, comme le confirmera Mme Francine N Sharangabo, Senior Regional Manager de RwandAir, lors d’un briefing avec les agences ivoiriennes, à l’aéroport de Kigali, siège social de la compagnie, celle-ci devrait étoffer sa flotte actuellement d’une quinzaine d’aéronefs pour atteindre une vingtaine d’ici 2020, tout en passant de 24 à une trentaine de destinations. Elle a aussi expliqué que des aménagements sur mesure sont possibles en fonction de la demande et des circuits proposés par les voyagistes ivoiriens.