Le pays met l’innovation technologique au cœur de sa stratégie de modernisation et ceci même dans les secteurs sociaux. Un effort est encore à faire pour pallier à la fracture numérique entre la capitale et la province. Par Abdessamad Naimi



Les préparatifs de la troisième édition du Salon des technologies de l’information, Africa It Expo (Aitex), qui se tiendra les 4 et 5 octobre 2018, vont bon train. Et le Maroc nourrit de belles ambitions en la matière, à savoir «faire du Maroc l’un des trois pays les plus performants de la zone Moyen-Orient/Afrique en matière d’infrastructures Datacom et d’environnement d’affaires IT à l’horizon 2020», selon Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie, du commerce, de l'investissement et de l’économie numérique. Et pour cela, l’expertise du continent en la matière est la bienvenue.

À ce titre, le Rwanda et le Bénin font office d’invités d’honneur. Et le pays de Paul Kagamé n’est pas là par hasard. En effet, le Rwanda, malgré des ressources naturelles limitées, peut se targuer de progrès économiques et sociaux significatifs : une croissance économique durable de 8% en moyenne depuis 2000, un des taux les plus élevés du continent, couplée à une diminution significative de la pauvreté, réduite de 57% à 39% entre 2005 et 2013, d’après la Banque mondiale.
Une des clés de ce succès: un investissement massif avec l’aide de bailleurs de fonds internationaux, dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
En effet, l’innovation technologique est omniprésente. On la retrouve notamment dans des secteurs comme la santé (e-cliniques, livraison de médicaments par drone), les services municipaux (informatisés et accessibles en ligne, ce qui contraste avec la forte bureaucratie rencontrée dans les autres pays de la région) ou encore l’accès aux services financiers. Avec un effet positif sur l’inclusion financière : entre 2012 et 2016, le pourcentage d’adultes formellement bancarisés a bondi de 42% à 68% en grande partie grâce au mobile banking, selon le rapport FinScope 2016.
Pour se hisser dans la chaîne de valeur, le pays est en train de mettre en place une «Innovation City» dans sa capitale Kigali, une sorte de «Silicon Valley» locale. Un moyen de rivaliser avec son voisin kényan où sont implantés les bureaux régionaux de géants mondiaux tels qu’IBM, Microsoft ou Google. Le tout avec un budget de 250 millions d’euros seront injectés dans cette cité innovante alors que 3.500 km de fibre optique ont été tirées à travers le pays et que la 4G couvre 60% du territoire.
La transformation numérique est donc au cœur de la modernisation du pays, portée par une population jeune - 60% des Rwandais ont moins de 25 ans - et une pénétration exponentielle d’Internet et des téléphones portables. Toutefois, il faut noter qu’elle profite pour l’instant surtout aux habitants urbains et instruits. Si Kigali est aujourd’hui 100% connectée à la fibre optique, ce n’est pas le cas du reste du pays. Aussi, en termes d’éducation, si plusieurs centres de formation, campus d’universités renommées, incubateurs d’entreprises et autres tech labs ont vu le jour récemment, un fossé reste à combler pour assurer un enseignement primaire et secondaire de qualité à tous les Rwandais. Enfin, le chômage élevé (environ 17%) et les revenus encore faibles tirés de l’agriculture constitueront néanmoins des freins à la croissance de la consommation privée.
Positionnement régional du Rwanda
Le Rwanda se distingue en Afrique par un environnement des affaires attractif. Classé 41e (sur 190 pays) dans le rapport « Doing Business 2018 », soit un gain de 15 places en un an, le pays est signalé dans le rapport comme étant le plus réformateur au cours des 15 dernières années. Ledit pays s’est notamment hissé au deuxième rang mondial dans le domaine du transfert de propriétés et au sixième en matière d’obtention de prêts.