Si certains ont encore du mal à reconnaitre le fait que la gouvernance des pays selon des standards modernes a un coût élevé, le Kenya, qui est l'un des pays les plus prisés par les investisseurs ciblant l'Afrique, en a fourni une démonstration probante. Pour une opération qui a finalement débouché sur la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta, le contribuable kénya aura finalement déboursé 532 millions $. Par Agence Ecofin



Un montant record qui se justifie certainement par le fait qu'il a fallu s'y prendre par deux fois pour valider le processus. Selon des analystes de l'Institute of International Finance, cette dépense équivaut à 0,7% du produit intérieur brut du pays.
Le comble, c'est qu'après avoir dépensé une telle somme, les Kenyans ne sont pas sûrs que les choses iront mieux, du moins pour la grande majorité. Le président réélu a été fortement désapprouvé par une part importante de sa population qui s’estime exclue des bénéfices de la croissance.
Cher payé pour un résultat économique chargé de défis
Uhuru Kenyatta a promis de se rattraper sur certains points, mais pas sûr que le juste millieu soit facile à trouver. La principal instrument sous son contrôle, la politique budgétaire, présente un certain nombre de défis. Le gouvernement est à cours de ressources, et cela se traduit par un déficit budgétaire, qui même lorsqu'on inclut les prêts concessionnels, atteint 9,7% du PIB pour le compte de l'exercice 2016/2017.
Dans ce contexte, le stock de la dette publique kéyane a atteint les 57% du PIB et s'expose à une envolée supplémentaire. Pour limiter la casse, le gouvernement va probablement devoir prendre des mesures impopulaires. Il a prévu de réduire certaines dépenses publiques et d'élargir l'assiette fiscale en supprimant notamment les exonérations de taxes de consommation (TVA) sur certains produits.
Le gouvernement kényan est aussi en train d’affaiblir les capacités du secteur privé à soutenir la croissance. Les banques commerciales, notamment les plus importantes qui sont cotées sur le Nairobi Securities Exchange (marché financier local), ont publié leurs résultats de l'exercice 2017. Il en ressort que ces dernières ont considérablement réduit les volumes de crédits accordés à différents secteur de l'économie. Elles blâment la limitation par la banque centrale, du taux d'intérêt à percevoir sur les prêts, qui de facto ne rémunèrent pas à suffisance leurs prises de risque.
Dans cet environnement plutôt morose, les investisseurs du NSE continuent de faire confiance au secteur financier national. Malgré un repli de 0,6% de leur revenu moyen par action, la valorisation boursière des 9 banques présentes sur ce marché a déjà connu une évolution moyenne de 18,14% depuis le début de l'année. Le principal indice boursier du pays, le Nairobi All Share Index (NASI), a déjà progréssé de 20,17% depuis le début de l'année. Il est actuellement à son niveau le plus haut depuis 2009.
Les Kenyans ont payé très cher la réelection d’Uhuru Kenyatta, mais visiblement ils ne sont pas près d’encaisser le retour sur cet investissement.