Le petit pays d’Afrique de l’Est se classe deuxième en Afrique subsaharienne au classement Doing Business 2018 de la Banque mondiale. Un modèle économique pour le reste du continent. Par le Temps


C’est à Kigali que s’est déroulé le Forum économique mondial pour l’Afrique en 2016, sur le thème: «La 4e révolution industrielle». Après les 1re, 2e et 3e révolutions industrielles portées respectivement par la vapeur, l’électricité puis l’électronique, ce sont aujourd’hui les nouvelles technologies qui bouleversent les échanges économiques mondiaux, et l’Afrique n’est pas en reste.
Le Rwanda n’est pas le premier pays auquel on pense pour illustrer le boom de la transformation numérique qui s’opère sur le continent. Malgré deux décennies de paix et de stabilité, le pays reste plutôt associé à l’ombre du génocide de 1994, qui a marqué la mémoire collective. Aussi, le plus petit pays d’Afrique de l’Est est le plus souvent éclipsé par son voisin le Kenya, véritable fer de lance de l’économie de la région et pionnier du mobile banking grâce à son système de paiement par téléphone mobile M-Pesa (pesa signifie argent en kiswahili).
Nombreuses réformes
Pourtant, le «pays aux mille collines», l’un des plus denses du continent, est classé deuxième meilleur environnement des affaires en Afrique subsaharienne selon le dernier rapport Doing Business 2018 de la Banque mondiale, publié en octobre 2017. Fait marquant, c’est également le pays qui a effectué le plus de réformes facilitant la conduite des affaires (accès au crédit, création d’entreprise, transfert de propriété, etc.) au monde au cours des quinze dernières années.
Et qui peut se targuer, malgré des ressources naturelles limitées, de progrès économiques et sociaux significatifs: une croissance économique durable de 8% en moyenne depuis 2000, un des taux les plus élevés du continent, couplée à une diminution significative de la pauvreté, réduite de 57% à 39% entre 2005 et 2013, d’après la Banque mondiale. Une des clés de ce succès: un investissement massif, avec l’aide de bailleurs de fonds internationaux, dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
L’innovation technologique est omniprésente. On la retrouve notamment dans des secteurs comme la santé (e-cliniques, livraison de médicaments par drone), les services municipaux (informatisés et accessibles en ligne, ce qui contraste avec la forte bureaucratie rencontrée dans les autres pays de la région) ou encore l’accès aux services financiers.
Plus besoin par exemple de se déplacer avec de l’argent liquide pour rembourser une échéance de prêt, les Rwandais peuvent aujourd’hui effectuer leurs paiements et transferts d’argent directement depuis leurs téléphones portables, un gain majeur de coût et de temps très apprécié des entrepreneurs. Avec un effet positif sur l’inclusion financière: entre 2012 et 2016, le pourcentage d’adultes formellement bancarisés a bondi de 42% à 68%, en grande partie grâce au mobile banking, selon le rapport FinScope 2016.
Fossé entre centres urbains et zones rurales
La transformation numérique est donc au cœur de la modernisation du pays, portée par une population jeune – 60% des Rwandais ont moins de 25 ans – et une pénétration exponentielle d’Internet et des téléphones portables. Toutefois, il faut noter qu’elle profite pour l’instant surtout aux habitants urbains et instruits. Si Kigali est aujourd’hui 100% connectée à la fibre optique, ce n’est pas le cas du reste du pays.
Malgré une urbanisation rapide, la population rwandaise reste majoritairement rurale et dépendante de l’agriculture de subsistance. L’accès à l’électricité est également un obstacle, comme le souligne le score plus bas de cet indicateur dans le rapport Doing Business. En termes d’éducation, si plusieurs centres de formation, campus d’universités renommées, incubateurs d’entreprises et autres tech labs ont vu le jour récemment, un fossé reste à combler pour assurer un enseignement primaire et secondaire de qualité à tous les Rwandais.
Le Rwanda surfe sur la vague de l’innovation. Pour assurer la continuité du «miracle économique rwandais», le pays devra, en parallèle, continuer à mettre en place les réformes structurelles essentielles, et ainsi rester un modèle économique pour le reste du continent.